Champlain
Mgr de Laval
Frontenac
Jean Talon
Maisonneuve
Vaudreuil
Jeanne Mance
Mgr Lartigue
Montcalm

 

LA FONDATION DU PATRIMOINE LAURENTIEN

 

Témoignages

«Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu» (Jn 3,21)

 

Pères Dominicains
Rel. Hosp. de Saint-Joseph
Religieuses de Jésus-Marie
     
Soeurs Grises de Montréal
Frères Maristes
Religieuses Ursulines
     
Pères Jésuites
Soeurs de Sainte-Croix
Frères de l'Instr. Chrétienne
     
Congrégation de Notre-Dame
Clercs de Saint-Viateur
Pères Franciscains
 
Messieurs de Saint-Sulpice
Pères Assomptionnistes
Pères Rédemptoristes
     
Soeurs de Miséricorde
Soeurs de Sainte-Anne
Pères Spiritains
     
Petites S. de l'Assomption
Soeurs du Bon Conseil
Hosp. de St-Jean-de-Dieu
     
Frères de Saint-Gabriel
Pères Eudistes
Srs de Saint-Joseph de S.V.
     
Srs des Saints Noms de Jésus et de Marie
Religieux de Saint-Vincent
Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur
     
Congrégation de Sainte-Croix
Fr. des Écoles chrétiennes
Soeurs de la Providence

 


Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie


Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie
Fondatrice
Témoignages religieux

Fondation
à Longueuil
1843

Mère Marie-Rose
fondatrice,
première supérieure

Béatifiée par le pape
Jean-Paul II
le 23 mai 1982

 

Soeurs

Jeannine Cornellier

Huguette Fleurant

Yolande Laberge

Monique Thériault

 

Eulalie Durocher
1811-1849

 

Historique de la communauté

La Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie a été fondée par Eulalie Durocher. Née à Saint-Antoine-sur-Richelieu le 6 octobre 1811, elle devient gouvernante au presbytère de Beloeil et animatrice d'activités pastorales de 1831 à 1843. Cette jeune laïque perçoit vite le grand besoin d'instruction et d'éducation religieuse chez les jeunes. Elle s'occupera particulièrement des filles peu favorisées à cette époque. C'est déjà laisser entrevoir son intérêt pour la promotion de la femme..

À la demande de Mgr Ignace Bourget, elle se rend à Longueuil fonder la première congrégation enseignante d'origine canadienne. Eulalie et sa compagne de Beloeil, Mélodie Dufresne se joignent à Henriette Céré, une éducatrice renommée de Longueuil. Celle-ci enseigne déjà dans la Maison de la Fabrique qui deviendra le lieu de fondation de la communauté.

Toute la vie de Mère Maie-Rose exprime son attachement à Dieu et sa présence auz autres. Décédée le 6 octobre 1849, à l'âge de trente-huit ans, elle n'aura vécu que six ans comme religieuse. Ses difficultés de santé ne l'ont pas empêchée d'exercer un leadership remarquable puisque sa Congrégation compte alors 4 maisons 30 religieuses, 7 novices et 7 candidates.

Par sa foi, son jugement et sa créativité apostolique, cette femme de chez nous a marqué la société et l'Église du Québec. Éducatrice née, elle a su développer les talents des personnes qu'elle a côtoyées et ouvrir sa congrégation sur l'avenir. En 1960, 4000 religieuses réparties dans 277 maisons dispensent l'enseignement à plus de 100 000 élèves. Elles oeuvrent au Canada, aux États-Unis et au Lesotho. Au fil des ans, des missions sont ouvertes et l'Institut donne au monde et à l'Église plus de 6 500 religieuses.

Marie-Rose Durocher a été béatifiée à Rome par le Pape Jean-Paul II, le 23 mai 1982. Ses restes reposent maintenant à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue, à Longueuil.

Aujourd'hui, 1 307 religieuses et 602 personnes associées poursuivent la mission d'éducation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie au Canada, aux États-Unis, au Lesotho (Afrique), en Haïti, au Brésil et au Pérou.


 

Résumé de l'entrevue de Soeur Jeannine Cornellier


Sœur Jeannine est née à Saint-Clément de Viauville, sur la rue Saint-Clément, à Montréal. Son père était représentant de commerce pour la maison A. Prud'Homme et Fils. La famille comptait onze enfants. Cinq enfants survécurent, dont Jeannine, l'aînée des filles. Elle étudia au pensionnat des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie puis à l'école Saint-Clément. A l'époque de la quatrième année, les parents déménagèrent à Repentigny. Dans cette paroisse, Jeannine fit deux années d'études, qui furent suivies de cinq années d'études secondaires au Couvent de l'Épiphanie qui était à l'époque une école Ménagère moyenne. Outre le programme régulier, sœur Jeannine reçut une formation spécialisée en enseignement ménager. Elle faisait aussi partie de la JEC. Elle consacrait tous ses temps libres au comité santé-loisirs.


C'est le contact avec ses enseignantes, des personnes extraordinaires, plus particulièrement la religieuse responsable de la catéchèse, qui a amené Sœur Jeannine à réfléchir sur sa vocation. Cette personne l'a beaucoup influencée dans sa façon de vivre et d'enseigner, lui donnant le goût de l'enseignement. La joie de vivre des sœurs et leur dévouement à l'égard des élèves ont toujours enthousiasmé sœur Jeannine et l'ont incitée à donner sa vie pour éduquer la jeunesse. Elle entra donc chez les S.N.J.M., le 24 janvier 1948.

Après avoir enseigné au cours primaire jusqu'en 1954, elle fit des études à l'École Normale Eulalie-Durocher, à Saint-Lambert, où elle obtint le Brevet Supérieur d'enseignement, le Baccalauréat en Pédagogie et le Brevet A. La période suivante se caractérise par des études en Diététique et Nutrition. Pendant qu'elle poursuivait son enseignement en sciences à l'Institut de Pédagogie familiale, elle continuait des études en Diététique et Nutrition à la Faculté de Médecine de l'Université de Montréal pour l'obtention de la Maîtrise ès Sciences Diététique et Nutrition.

Sœur Jeannine enseigna au département de Diététique de 1966 jusqu'en 1971, année où l'Université mit fin à l'engagement de plusieurs chargés de cours. Elle entra à l'Institut de Tourisme et d'Hôtellerie du Québec. Sœur Jeannine participa au grand projet Hôtellerie-Côte d'Ivoire de 1973 à 1985, et réalisa un rêve de jeunesse, à savoir, enseigner en Afrique. L'Agence canadienne de développement international a donc recruté des professeurs pour faire l'ouverture du Lycée professionnel Hôtelier d'Abidjan. Soixante-quatre étudiantes et étudiants furent les premiers Ivoiriens à bénéficier des programmes élaborés à Montréal en Réception, Service de Restaurant, Cuisine et Hall-Étage. Sœur Jeannine assumait le rôle de Directrice des Services pédagogiques. A la fin de son mandat de coopération, sœur Jeannine fut décorée de l'Ordre du Mérite Ivoirien, c'est le Ministre Barry Battesti qui l'a élevée au grade de Chevalier. À son retour à Montréal, sœur Jeannine fut nommée Conseillère pédagogique à l'ITHQ. Elle y demeurera jusqu'en 1995.

Présentement, elle fait partie de l'Association des religieuses pour la promotion des femmes (ARPF) et œuvre à titre de membre du comité de coordination de Montréal. Cette association fait partie de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) et compte 160 religieuses francophones des provinces du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Québec. En 1995, sœur Jeannine participa au Forum Mondial des femmes, qui au nombre de 35 000, venaient de 185 pays. Ce forum parallèle se tenait à OUAROU pendant que la 4e Conférence mondiale des femmes se tenait à Beijing.

Rien n'arrête le dynamisme de sœur Jeannine. C'est ainsi qu'elle a également visité certaines prisons, dont l'Institut Leclerc, pour parler avec quelques prisonniers et les distraire en leur parlant de l'Expo 67 et des grandes réalisations du temps. Elle retient de l'Évangile cette parole de Jésus : " Ce que tu fais aux plus petits d'entre les miens, c'est à moi que tu le fais. "


Résumé de l'entrevue de Soeur Huguette Fleurant

Soeur Huguette est née en 1947 à Côte-Saint-Paul, dans une famille de huit enfants, trois filles et cinq garçons. Elle est la cinquième ou la sixième de la famille avec une soeur jumelle. À la mort de sa mère, en 1952, la famille déménagea à Ville Jacques-Cartier - aujourd'hui Longueuil. Huguette a quatre ans. Une tante, avec son mari et ses trois enfants, est venue habiter cette maison construite par son mari et le père d'Huguette. Ils étaient quatorze autour de la table. Son père, camionneur, était peu présent à la maison; les enfants étaient donc plus près de leur tante. Ils allaient à l'école dans des maisons privées jusqu'en quatrième année, parce qu'il n'y avait pas encore d'école pour les recevoir. Quand une école s'est ouverte pour les filles, elle a pu aller à Jeanne-Leber. Plus tard, elle a dû interrompre son cégep afin de prendre soin de la famille. Sa tante a quitté la maison puisque son mari est décédé et que ses trois enfants se sont mariés. Un de ses frères lui a offert alors de payer un cours pour lui permettre de sortir de la maison. Elle s'est lancée en informatique et s'est trouvé un emploi. Comme ce travail ne lui plaisait pas, elle suivit un cours de secrétariat et trouva un emploi à la commission scolaire Jacques-Cartier. Elle a apprécié grandement ce travail de secrétaire dans les écoles.


Sa vocation ne vint pas de sa famille. C'est davantage un témoignage de vie, un pardon qui l'a amenée à se questionner et à lire l'Évangile, tout en se demandant si c'est Dieu qui amenait à pardonner. Huguette raconte qu'une fermeture d'école l'a obligée à se présenter dans une école à direction religieuse. Ce changement trop brusque la contrariait. Quand la religieuse lui souhaita la bienvenue en lui tendant la main, elle hésita à lui tendre la sienne. La directrice ne lui a cependant jamais reproché son attitude de méfiance. Puis, quelqu'un lui parla des cursillos. Elle se dit qu'elle n'avait rien à perdre et s'est rendu à une réunion. Elle y a rencontré une S.N.J.M. et lui a confié qu'elle se sentait appelée à la vie religieuse, mais qu'elle avait peur. La religieuse lui proposa de devenir associée d'abord, ce qui consistait en une rencontre, une fois par mois, pour un partage autour du charisme de la fondatrice et un engagement bénévole dans une oeuvre. Cela lui plaisait et elle devint associée. Ayant, avec le temps, côtoyé les S.N.J.M., elle choisit, en 1982, d'entrer en communauté. Elle trouva le noviciat très dur, mais ce qu'elle aimait particulièrement, ce sont les cours intercommunautaires qui lui permettaient de rencontrer et de partager avec plusieurs autres jeunes femmes qui se destinaient à la vie religieuse dans différentes communautés.


Elle savait qu'elle entrait dans une communauté enseignante, mais on l'a assurée qu'il y avait d'autres engagements possibles. Alors, pendant sa formation, elle a eu l'occasion de faire des stages en paroisse, à l'Arche Jean-Vanier et au Centre-Sud de Montréal où elle retournera plus tard pour y travailler auprès de groupes pour les aider à approfondir leur foi. Elle s'occupait aussi beaucoup des sacrements : le pardon, l'eucharistie, la confirmation, mais a déploré qu'il n'y ait pas de continuité. Cette constatation l'a amenée à travailler à l'éveil spirituel des tout-petits, enfants de quatre, cinq et six ans. Les parents avaient l'obligation de s'engager et de recevoir la même formation que les enfants, ce qui a assuré une continuité à la maison. Huguette a occupé aussi la fonction de responsable de paroisse et elle a siégé à plusieurs comités diocésains. Depuis quatre ans, elle travaille comme directrice au Centre d'action bénévole pour des familles désunies. Son expérience au Centre-Sud de Montréal l'a aidée beaucoup. Elle œuvre avec tout près de 430 bénévoles.


Pour Huguette, l'avenir sera beau. Cela ne l'inquiète nullement que la communauté soit vieillissante et appelée à disparaître sous sa forme actuelle. Elle est rassurée par le nombre des personnes associées : 600 à travers la congrégation. Elle voit d'un œil favorable l'engagement des laïcs convaincus et formés, à Longueuil, à devenir agents et agentes de pastorale. Elle avait très peur d'entrer en communauté. Elle ne savait pas à quel point cela lui donnerait une liberté de pensée et d'action, alors qu'elle s'attendait à vivre comme dans une prison. Ce fut tout l'inverse : ses voeux l'ont rendue plus libre et la communauté l'a toujours appuyée dans tous ses projets. Elle dit avoir été "gâtée" d'une façon exceptionnelle; elle a déjà le centuple promis, car les plus belles années de sa vie, elle les a vécues en communauté. Elle remercie le Seigneur parce qu'autant elle a eu peur d'y entrer, autant elle ne voudrait pas quitter la communauté.

Résumé de l'entrevue de Soeur Yolande Laberge

Soeur Laberge est originaire de la paroisse Saint-Chrysostome du diocèse de Valleyfield. La famille comptait onze enfants dont deux sont décédés en bas âge. Des neuf qui ont survécu, il y avait cinq garçons et quatre filles. Après avoir perdu une première terre pour défaut de paiement, son père cultivateur en avait loué une autre, de l'autre côté de la rivière Châteauguay, à Sainte-Martine. Les enfants devaient se rendre à l'école du village en chaloupe, les garçons, chez les frères des Écoles chrétiennes et les filles, chez les Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.


Soeur Yolande fait dater sa vocation de sa première communion quand elle avait demandé à Jésus, sur la recommandation de sa mère, de devenir religieuse. Comme elle avait été membre de la Croisade eucharistique, elle avait pris l'habitude, quand elle était en septième année à Sainte-Martine, d'aller prier à l'église le midi en utilisant son petit livre de croisée. Elle développa alors avec Jésus une relation très intime qui marque encore sa façon de prier. Quand elle fit une démarche à seize ans, pour entrer en communauté, on lui recommanda de travailler un an et de revenir présenter de nouveau sa demande, si elle était toujours intéressée. Elle avait eu de bonnes enseignantes qu'elle avait vu vivre en "bonnes amies" dans leur communauté et s'était dit qu'elle aimerait ce genre de vie. Elle entra donc en 1941 et ne trouva pas le noviciat difficile, ayant connu la vie de pensionnaire. Elle fit profession en 1943.


La communauté lui accorda cinq années d'études jusqu'au doctorat, tout en enseignant au primaire et au secondaire puis à l'École normale de Saint-Lambert en 1956, où durant six ans, elle prépara des religieuses et de grandes élèves à devenir elles aussi enseignantes. Le gouvernement, par Monsieur Arthur Tremblay, ayant averti les Écoles normales que les diplômes seraient dorénavant remis par l'Université, il fallait se préparer au changement. Ce fut difficile, mais en même temps, ce fut une sorte de défi à relever, car il fallait transformer l'institution qui devint en fait, avec l'autorisation du ministère, le collège Durocher. Ce collège devint par la suite une école secondaire qui reçoit aujourd'hui plus de deux mille élèves sous la direction des laïcs. Soeur Laberge y fut directrice générale de 1968 à 1981.


Alors qu'elle était encore directrice en 1979, on lui avait demandé de collaborer à la formation de futurs prêtres, à l'intérieur d'un comité constitué de trois prêtres, d'un couple laïc et de trois autres femmes. C'était une innovation à l'époque dans l'Église du Québec. Elle travailla huit ans à cette oeuvre, accompagnant les futurs prêtres au niveau de leurs études, de leur formation spirituelle et pastorale. Leur accompagnement spirituel étant assuré par des prêtres. Au moment où elle s'apprêtait à partir en mission en Haïti en 1981, Mgr Hubert lui demanda s'il pouvait compter sur elle pour ouvrir une école pour la formation des agentes et agents de pastorale du diocèse et des laïcs intéressés à poursuivre des études en théologie. Elle y travailla donc pendant cinq ans comme adjointe de l'abbé Gilles Raymond.


Elle a toujours eu un grand intérêt pour les démunis et les pauvres. Elle fait partie du Groupe Solidarité Justice SNJM depuis 1990. Ce groupe très engagé est en lien avec tout ce qui regarde les pauvres et les questions de justice. Depuis deux ans, Soeur Yolande est très sensible à la défense des femmes et des enfants qui sont trafiqués à partir de différents pays. Ce projet fait suite à une prise de position collective de toute la Congrégation des S.N.J.M. Elle a également travaillé à la CASA, qui accueille de jeunes sans-abris.


Tout en se donnant à l'enseignement et à toutes ces oeuvres, Soeur Laberge s'est beaucoup impliquée dans sa communauté, en tant que supérieure provinciale et participante à des chapitres généraux et provinciaux. Elle a également écrit une biographie de leur fondatrice "Mère Marie-Rose" dans la collection Célébrités et projette de publier "Sur les pas de Marie-Rose", un ensemble de chroniques hebdomadaires parues pendant quatre ans, dans le Semainier de la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue de Longueuil. L'un de ses plus beaux ministères fut d'animer des retraites et des sessions pendant plus de quinze ans.

Résumé de l'entrevue de Soeur Monique Thériault

Soeur Monique Thériault est née à Montréal, dans le quartier Hochelaga. Elle est la quatrième de six enfants, quatre garçons et deux filles. Son père, venu de Saint-Jean-de-Matha dans les Laurentides, a travaillé jusqu'à soixante-cinq ans comme débardeur au Port de Montréal.

Soeur Monique a toujours étudié chez les Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, comme sa mère d'ailleurs qui était enseignante. Très jeune, elle a eu le goût d'être religieuse enseignante et s'est tout naturellement dirigée vers cette communauté. Elle a d'abord fait sa pédagogie à l'École normale de Valleyfield, puis elle a enseigné trois ans dans une école élémentaire de Montréal.

Entrée à la maison mère de cette communauté en 1953, elle y fit son noviciat où elle trouva le style de vie assez sévère, car elle était plutôt indépendante. Après son noviciat, comme elle avait étudié la musique jusqu'au baccalauréat, elle l'enseigna durant une quinzaine d'années jusqu'en 1971, dans différentes écoles de la communauté et à Vincent-d'Indy qui était autrefois l'École supérieure de musique. Cette école avait été fondée par Soeur Marie-Stéphane dans les années vingt, au pensionnat d'Hochelaga avant de déménager à la maison mère, puis dans les nouveaux locaux sur la montagne. Le cours s'étendait depuis la première année jusqu'au baccalauréat inclusivement. Au fil des ans, des musiciennes exceptionnelles s'y sont signalées, dont Soeur Jacques-René, qui a beaucoup composé, puis Sœur Reine Décarie, une chanteuse qui aurait fait carrière à l'opéra si elle n'était pas entrée en communauté. D'ailleurs, l'enseignement de la musique s'était donné dès les années de fondation à Longueuil où Mère Marie-Rose avait engagé un professeur laïc. On avait même emprunté le piano du curé pour ce faire.

Au Concile Vatican II, on demanda aux communautés de réviser leurs constitutions. Dès 1967-1968, il y en eut une première refonte suivie d'une deuxième en 1971. Pour sa part, Soeur Monique passa une année avec une religieuse américaine à retravailler les constitutions à partir de ce qui avait été décidé au chapitre général de 1971. En ces années-là, ce qui a rendu la situation difficile pour les communautés religieuses, c'est que tous les changements sont arrivés en même temps: le concile, la révolution tranquille, la réforme de l'éducation qui a amené une remise en question de leur mission d'éducatrices dans les écoles. Presque du jour au lendemain, toutes leurs écoles, entre autres, le collège classique, les écoles ménagères, les écoles normales, les écoles de secrétariat, tout était aboli. Le plus dramatique fut le fait que certaines soeurs possédaient des doctorats, des licences et n'avaient plus de débouchés parce que les religieuses n'étaient pas les bienvenues dans les nouvelles structures. L'École de musique Vincent-d'Indy a survécu parce qu'elle était en dehors du système public et les soeurs pouvaient y continuer leur mission d'éducatrices dans le domaine de la musique. Ce fut donc un grand bouleversement à l'intérieur de la communauté.

À partir des changements et à partir des départs des années '70, la communauté se posait donc beaucoup de questions face à l'avenir, dont celle de retrouver une raison d'être pour sa mission. Après avoir été supérieure provinciale, Soeur Monique a écrit des articles et donné des sessions, au niveau de toutes les communautés religieuses, parce que toutes se posaient les mêmes questions au sujet des départs et du manque d'entrées. Comme il n'y avait pas de renouvellement à la base, comment pouvait-on envisager un avenir ? Soeur Monique est convaincue que l'appel à la vie religieuse va continuer, mais les modalités sont appelées à changer beaucoup. Par exemple, à la C.R.C.Q., dont elle a été la secrétaire générale durant huit ans, elle a beaucoup travaillé avec les groupes communautaires et populaires, avec des jeunes qui y étaient engagés mais qui, avec le style de vie qui est le leur aujourd'hui et les possibilités qui s'offrent à eux et à elles, n'optent pas pour les communautés appelées traditionnelles. Par contre, ils sont en train de bâtir autre chose, à partir de valeurs qui sont semblables aux nôtres, mais vécues différemment. Elle a confiance en l'avenir, car la vie religieuse a déjà connu des transitions, des modèles différents mais elle a toujours continué, apportant des innovations. Entre autres, aujourd'hui, il y a celle de l'informatique et Soeur Monique, devenue la coordonnatrice du site web de sa communauté, trouve qu'il est primordial que les communautés et l'Église soient visibles sur le web.

Puis, il y a maintenant beaucoup de collaboration entre les communautés. Par exemple, un mouvement contre la traite des femmes et des enfants, parti de Rome par l'Union internationale des supérieures générales, amène des actions qui se font en concertation. La Revue "La vie des communautés religieuses", devenue de puis quelque temps EN SON NOM dont Sœur Monique est la directrice depuis sept ans, en est aussi un exemple, étant soutenue, parrainée, financée par vingt-cinq communautés religieuses du Québec. C'est une revue unique en Amérique, un projet important.

Évidemment, la vie n'est pas toujours rose, mais Soeur Monique trouve que le fait de vivre avec d'autres en communauté, c'est très précieux. Elle vit depuis trente ans dans de petits groupes où les sœurs peuvent partager la Parole de Dieu, partager leur vécu et se soutenir mutuellement. Le fait également d'avoir le support de la grande communauté, pour elle, c'est ce qui est le plus important et qui lui permet de continuer tout en espérant dans l'avenir. Comme elle a une maîtrise en orgue ainsi qu'une licence en musique de l'Université de Montréal et a enseigné la musique pendant quinze ans, la musique pour elle, c'est le plus beau passe-temps qu'elle puisse avoir. Elle a beaucoup aimé l'orgue et trouve qu'il a une puissance que l'on goûte particulièrement quand on en joue. Maintenant, elle en écoute plus qu'elle n'en joue.