Champlain
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LA FONDATION DU PATRIMOINE LAURENTIEN

 

Témoignages

«Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu» (Jn 3,21)

 

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Congrégation de Sainte-Croix
Fr. des Écoles chrétiennes
Soeurs de la Providence

 


Pères Rédemptoristes


Rédemptoristes
Fondateur
Témoignages religieux
Avocat à 16 ans,
il perd une cause et devient prêtre

Prédicateur et missionnaire

Homme de lettres et de médias

Au Québec, en 1878,
un lieu de pèleriage à
Sainte-Anne-de-Beaupré

Pères

Denis Morand

Guy Pilote

Rodrigue Théberge

Prédication
Saint Alphonse de Liguori
1696-1787
Dévotion à Marie

 

Historique de la communauté


Alphonse de Liguori, fondateur de la congrégation des Rédemptoristes, né en 1696, près de Naples en Italie, d'une famille noble, devient avocat à seize ans. L'expérience d'un seul échec dans sa profession l'amène à réfléchir, à prier et à choisir une autre voie, celle du sacerdoce. Bouleversé par la misère qu'il découvre dans les campagnes, il fonde, en 1732, une congrégation pour annoncer la Bonne Nouvelle aux plus démunis.

Il utilise tous ses talents à cette cause: à la fois mystique et missionnaire, prédicateur et confesseur, peintre et musicien, il est homme des médias et homme de lettres. Il écrira en effet cent onze ouvrages parus en soixante-dix langues, qui connaîtront vingt-et-un mille éditions.

Évêque du diocèse de Sainte-Agathe-des-Goths en 1762, il décède en 1787, est canonisé en 1839 , nommé docteur de l'Église en 1871 et patron des confesseurs et des moralistes en 1950.

La communauté des Rédemptoristes, comme son nom l'indique, est branchée sur le mystère de la Rédemption du Christ. Leur mission, à travers leur vie et leur action, est d'annoncer, par une parole vivante et adaptée, que la Résurrection du Christ apporte une espérance nouvelle et donne ainsi un sens à notre existence.

Les Rédemptoristes sont prédicateurs, aumôniers, éducateurs, professeurs d'université, animateurs de pastorale et de sessions de spiritualité, en charge de paroisses, engagés socialement auprès des pauvres, impliqués dans le renouveau de la catéchèse et responsables de tâches diverses au service de leurs frères, entres autres, par la presse écrite et électronique.

Les Pères s'implantent en dehors de l'Italie, en Europe, au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Haïti. Au Québec, la Fraternité Saint-Alphonse, installée à Québec, permet de vivre une expéreice communautaire et le Pavillon Saint-Rédempteur, à Saint-Augustin-de-Desmaures, offre des ressourcements spirituels.

Les Rédemptoristes maintiennent, à Sainte-Anne-de-Beupré depuis 1878, le plus ancien lieu de pèlerinage de l'Amérique du Nord dont il y eut une première, une deuxième et une troisième églises, puis une première et une deuxième basiliques, cette dernière, depuis 1923. Ils y exercent des ministères d'accueil, de la Parole, d'écoute, de prière, auprès de tous et avec les jeunes, par la plume et par les arts.

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Résumé de l'entrevue du Père Denis Morand

Denis Morand est né en 1923 à Shawinigan, dernier d'une famille de 15 enfants, dont huit garçons et sept filles. Le père était cultivateur, mais avait été fromager et avait également travaillé dans la construction. Denis fut le seul a`poursuivre des études classiques, au juvénat des P. Rédemptoristes à Ste-Anne-de-Beaupré où il connaissait déjà une personne, le frère de sa belle-soeur.

Petit à petit, des liens se créèrent avec les Rédemptoristes par le biais de la pastorale. Il ne connaissait pas d'autres communautés qui eussent pu l'attirer. Le travail de ses professeurs et leur formation spirituelle exercèrent une influence sur lui. Il se joignit donc aux Rédemptoristes, fit profession en 1952 et fut ordonné prêtre en 1958, à Aylmer, après quoi, il passa une année en pastorale.

Le goût des missions lui vint d'une rencontre avec des missionnaires. et il s'offrit pour y aller. Après qu'il eut passé quatorze ans à Moncton, on lui confia un ministère dans une réserve indienne auprès des Micmacs du Nouveu-Brunswick, plus précisément à Elsipogtog, qui n'était pas si loin. Il y demeura douze ans. Parmi cette population de délaissés, de marginalisés, il se trouvait à répondre au charisme de son fondateur.

À leur propos, il retenait, entre autres, que nous, les Blancs avons à l'égard de ces autochtones, différents par la langue, par leurs traditions, par leurs prières plus longues, par leurs droits alors non respectés, un complexe de supériorité: nous sommes venus les coloniser, leur montrer comment vivre «à la manière des Blancs», alors que nous aurions à apprendre de leurs propres valeurs comme la responsabilité à l'égard de la terre, du temps, de la personne, et même au point de vue religieux. Sainte Anne est entrée dans leurs traditions, tout comme le culte qu'ils ont de leurs ancêtres. Dans leur «sweat lodge», ils se libèrent du mal en eux qui doit sortir, produisant une purification intérieure également, un peu comme la confession. Cela fait partie aussi de leur respect de la nature: l'eau, le soleil, la forêt, mais encore de leur spiritualité quelque peu animiste, dans un lien avec la création, dans une ouverture au Créateur. Pour la cérémonie du lever du soleil, ils brûlent du tabac et des herbes qu'ils offrent au Créateur vers les quatre points cardinaux; en plus de trois autres directions: vers le Créateur, vers la terre et vers soi-même. Les couleurs des différentes saisons sont symboliques pour eux. Ils ont l'impression d'être rejetés par les Blancs, ce qu'ils considèrent une injustice.

Les autochtones du Nouveau-Brunswick ont leur commission scolaire propre jusqu'à la neuvième année. Les Indiens ne sont pas intellectuels, en général, mais des fils de la nature et trouvent difficile toute discipline. Ils se sentent marginalisés, les Blancs étant plus forts, sauf quelques personnalités plus nettes qui vont percer et choisir une profession. Mais le taux de chômage est très élevé (90%). L'alcool, la drogue et les problèmes familaux en découlent. Il ne semble pas y avoir d'avenir pour les jeunes. Il reste cependant un espoir: que le changement vienne d'eux, de personnes formées dans leur milieu, sans toutefois changer leur culture. Notre part consisterait d'abord à les respecter, à les reconnaître, à nous enrichir de leurs valeurs. Les Rédemptoristes resteront avec eux aussi longtemps qu'ils auront du personnel.

Le Père trouve que Vatican II a apporté un vent de fraîcheur, une certaine libération dans la vie religieuse et personnelle. Il a refait la théologie en vue de la catéchèse et fait plus de place aux laïcs. La pastorale, également, tient compte davantage des personnes, les lois étant faites pour les personnes et non l'inverse.

 

Résumé de l'entrevue du Père Guy Pilote

L'ancêtre du Père Pilote est arrivé à Québec en 1657 et exerça le métier de tonnelier. Les descendants se répandirent dans deux directions différentes : une branche vers le sud qui se développera surtout aux États-Unis et une branche vers l'est, vers Charlevoix et plus tard au Lac St-Jean. Guy Pilote est né à Saint-Félicien en 1938, dernier d'une famille de 9 enfants, dont trois garçons. Son père cultivateur était aussi postier.

Il n'y avait pas de religieux dans la famille, sauf un cousin, Frère de l'Instruction Chrétienne. Après ses études à l'école du rang, Guy avait été accepté au séminaire de Chicoutimi, mais un de ses amis dont la mère avait un cousin Rédemptoriste l'entraîna plutôt vers le petit séminaire des Rédemptoristes. Il ne connaissait rien de ces religieux, mais iI y rencontra des professeurs remarquables : les Pères Baillargeon (pour l'art ,la littérature française et québécoise), Lavergne et Grenier (pour le français, la littérature classique), L'Heureux (pour le latin) Tremblay (pour le grec) etc. chacun selon sa spécialité. Il apprécia également l'esprit de famille et le souci de développer les talents.

Après sa rhétorique, il vécut un noviciat (style ancien) sévère et très organisé. Il fit profession en 1958. Suivirent sept années consacrées aux études de philosophie et de théologie. L'ordination sacerdotale se faisait, à l'époque, à la fin de la sixième année, ce qui advint pour lui en 1964. Ce cycle terminé, il y ajouta une année d'étude en Pastorale chez les Dominicains. Puis, iI fut désigné pour joindre l'équipe du petit Séminaire où il resta une quinzaine d'années, se consacrant à la pastorale, à la vie étudiante, à l'enseignement, et finalement à la direction.

Le Père avait été ordonné à la fin du Concile, mais en avait suivi toutes les étapes, grâce aux médias. Les séminaristes et leurs professeurs accueillaient ces changements comme une grande bouffée d'air frais, lui-même ayant été formé sous l'ancien régime. Malheureusement, Vatican II fut comme un tremblement de terre pour certains qui quittèrent la communauté.

Membre d'une communauté missionnaire, il fut attiré par l'Amérique latine, plus particulièrement l'Uruguay, petit pays de trois millions d'habitants qui avait connu un passé glorieux. Il fut supérieur de la mission et curé à Montevideo, la capitale, où le niveau de culture était excellent, mais la pratique religieuse aux alentours de 3%, alors que 80% sont baptisés. Une expérience heureuse qui dura de 1985 à 1993.

En revenant de mission il fut recteur à Sainte-Anne-de-Beaupré, où les Rédemptoristes étaient gardiens du sanctuaire depuis 1878. Ils avaient été invités par Mgr Taschereau qui avait connu les Rédemptoristes américains venus prêcher des missions aux Irlandais de Québec. Après un an de présence au sanctuaire, les Américains suggérèrent au gouvernement général d'envoyer des gens de langue française. C'est ainsi que les Belges furent désignés et ce sont vraiment eux qui ont implanté la Congrégation au Canada.

La dévotion à sainte Anne existait depuis longtemps quand les Rédemptoristes sont arrivés. Très répandue dans le peuple, elle a été vite adoptée par les Amérindiens pour qui la grand-mère est très importante. Le dimanche des Premières Nations, ils viennent très nombreux. Puis, les pèlerins se sont faits de plus en plus diversifiés : Italiens, Haïtiens, Mexicains, de nombreux groupes d'Asiatiques, et de plus en plus de personnes d'autres dénominations chrétiennes ou autres.

Ce que la communauté a apporté au Père Pilote : un précieux héritage : la formation, l'ouverture sur les arts, l'expérience missionnaire, la participation à de nombreuses rencontres internationales entre autres pour la restructuration de la congrégation en fonction du charisme de saint Alphonse, de même que des responsabilités importantes (comme actuellement les projets en cours : la démolition de l'hôpital, l'aménagement paysager, les travaux de finition des mosaïques et des peintures de la basilique…)

En ce qui concerne l'avenir, la congrégation n'est pas inquiète. Les Rédemptoristes sont engagés dans la pastorale, c'est leur mission dans soixante-seize pays. Dans leur Province, ils sont moins de 100, mais dans d'autres pays, il y a explosion. Une communauté internationale pourrait être mise sur pied l'an prochain pour le service de la Pastorale au Sanctuaire.

 

Résumé de l'entrevue du Père Rodrigue Théberge

Rodrigue Théberge est né en 1941, à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud (Montmagny), aîné d'une famille de onze enfants. Fils de cultivateur, il a travaillé sur la terre, mais iI a d'abord étudié à l'école du rang, puis, à l'école du maître Lamontagne. Pour la suite de ses études, ses parents le laissèrent libre d' aller au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à 25,00$ par mois, mais Rodrigue choisit celui de Sainte-Anne-de-Beaupré, à 20,00$ par mois, parce qu'il en coûtait moins. Il y fut admis sitôt l'examen d'admission passé; il avait treize ans. Il accepta donc de renoncer à accompagner ses amis à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Il semble que sa vocation remonte à son enfance. Après sa première communion et durant un an et demi, il aimait jouer à la messe parce qu'il aurait voulu devenir prêtre pour ressembler à son curé qu'il trouvait très gentil et aimait bien, mais qu'il évitait de rencontrer parce qu'il était très gêné, comme d'ailleurs tous ses petits compagnons. Ce désir devint plus concret durant ses études collégiales, au contact de ses professeurs, alors qu'une des exigences d'entrée au collège était de ne pas rejeter l'idée de devenir prêtre. Les Pères avaient la réputation d'être très sévères, mais c'est probablement à l'occasion des congés du mois, vécus à différents endroits comme aux chutes Montmorency ou au mont Sainte-Anne, qu'il apprit à connaître les Rédemptoristes. On les entretenait alors de saint Alphonse-de-Liguori, de Gérard Magella et de Saint Clément-Marie présentés comme des modèles, comme un idéal. Ces sorties leur faisaient voir leurs professeurs sous un autre jour, dans d'autres rôles. Après coup, il put les comparer à d'autres communautés, à l'aide de dépliants remis par des promoteurs, mais l'esprit chauvin, le désir de défendre les couleurs du collège et de continuer avec le groupe vocationnel l'emporta. Il fit profession en 1961 et fut ordonné en 1967.

Durant le Concile, les jeunes profès et futurs Rédemptoristes prêtres suivaient Congar et Hans Kung, qu'ils aimaient beaucoup. Ils n'avaient pas été formés à la messe en latin, mais le Père Théberge dut en dire une, de peine et de misère, pour une personne décédée, qui en avait manifesté le désir. De 1961 à 1968, il avait vécu une expérience intéressante à Aylmer, avec une belle équipe de jeunes professeurs d'Europe. Sa première obédience, en 1968, fut d'être responsable des vocations au séminaire Saint-Augustin à Cap-Rouge, fonction qu'il accepta avec réticence. Il visita donc les écoles secondaires de Montréal et de tout le Québec pour parler de Cap-Rouge aux étudiants, visites pour lesquelles il avait une liste des polyvalentes et un plan d'attaque, surtout en faveur des Rédemptoristes, sans toutefois négliger les autres communautés sur lesquelles il devait se renseigner.

Il enseigne gratuitement, depuis 1992, au Centre Agapè, comme professeur d'université, tout en initiant les jeunes étudiants à la vie communautaire, spirituelle, laïque, tout en donnant trois cours de théologie morale à l'Université Laval. Il connut le Frère Untel, un homme timide, sympathique, mais un homme de profonde réflexion, à l'occasion du dixième anniversaire du séminaire Saint-Augustin en 1976, où il avait été invité à donner une conférence sur «les nouveaux barbares», y comparant la nouvelle jeunesse des années 1970. Certains en avaient été choqués.

Ses fonctions en communauté furent très variées: il fut professeur de morale au Séminaire Saint-Augustin, tout en n'ayant jamais voulu enseigner, pour remplacer un professeur malade, comme cela s'était déjà présenté pour enseigner la religion en secondaire 5 et en collège 1 et 2. En 1981, alors qu'il est aux études doctorales, l'abbé Gaudette lui propose de faire sa thèse en morale. Après l'obtention, en 1987, de son diplôme de doctorat à la collation des Grades au Grand Théâtre de Québec, il donne trois cours à l'Université Laval, en plus d'êre curé, de 1987 à 2000, à Sainte-Anne-de-Beaupré, une paroisse de 2,700 personnes, âgées pour la plupart.

Aidé par le vicaire, il dut s'adapter, tout en enseignant trois soirs par semaine à l'université. La paroisse et le sanctuaire sont très liés et le Père se demandait comment fonctionner au niveau paroissial, alors que des pèlerins étrangers viennent régulièrement au sanctuaire. Il n'a pas pu prêcher à l'aise dans la grande chaire de la basilique, loin des gens qu'il ne voyait même pas, avant huit mois, le temps de s'y habituer. C'est toujours un défi de s'ouvrir universellement, tout en tenant compte des paroissiens qui veulent pouvoir être fiers de «leur monde» auprès des étrangers. Par ailleurs, il était difficile de refuser à ces derniers de les baptiser, de les marier, tout en respectant les normes diocésaines. C'est grâce à son vicaire, un homme d'expérience exceptionnel «qui ne voulait pas parader» qu'il put fonctionner, de 1987 à l'automne 2000.

Pie IX avait confié aux Rédemptoristes, en 1866, la mission de répandre la dévotion à la Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, dévotion qui cadrait bien avec le charisme des Pères appelés à travailler auprès des «gens du peuple», des gens qui n'avaient pas de secours spirituel. Quand le Père Théberge était au séminaire Saint-Alphonse, les Rédemptoristes leur présentaient Notre-Dame sous ce vocable de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre. Le Père écrivit donc un texte sur cette icône de la Vierge et ce fut pour lui un «bonheur», un bonheur simple, comme l'entendent nos poètes Félix Leclerc et Jean-Pierre Ferland et comme l'a connu le Père dans sa famille.

C'est ainsi qu'il a toujours été heureux, comblé, chanceux en communauté, favorisé pour les études qu'il a toujours aimées et imprégné de culture; il se rappelle les pièces de théâtre que les étudiants jouaient aux fêtes, etc.

En ce qui concerne l'avenir de l'Église, il est plein d'espérance. Il regarde ses élèves de 21 et de 22 ans, qui ont beaucop de facilités et des occasions de voyager, qui sont ouverts et en santé, mais qui lui paraissent plus fragiles moralement, moins appuyés. Pour leur éviter la dépression, l'abandon des études, le suicide, il leur donne plus facilement A au lieu de B sur une page de réflexion. Ils sont, ils seront l'Église «et nous aussi, les vieux».