![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
|
Champlain
|
Mgr de
Laval
|
Frontenac
|
Jean
Talon
|
Maisonneuve
|
Vaudreuil
|
Jeanne
Mance
|
Mgr Lartigue
|
Montcalm
|
![]() |
LA FONDATION DU PATRIMOINE LAURENTIEN
|
Témoignages
«Celui
qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin
que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu»
(Jn 3,21)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Frères des Écoles chrétiennes
|
|
Frères
des Écoles chrétiennes
|
Fondateur
|
Témoignages
religieux
|
|
Ordonné
prêtre à 27 ans Fonde
l'Institut Arrivée
des frères
|
![]() |
Frères |
|
Enseignement
|
Saint
Jean-Baptiste de La Salle
1651-1719 |
Éducation
|
Historique de la communauté
| Fondateur
de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes,
Jean-Baptiste de La Salle est né à Reims en 1651 et est
ordonné prêtre à vingt-sept ans. En 1679, il reçoit
chez lui Adrien Nyel, venu à Reims pour y développer des
écoles gratuites de garçons. En 1682, il fonde l'Institut
des Frères des Écoles chrétiennes, composé
de frères non prêtres, religieux "de ville" pour
l'éducation des enfants de la classe populaire. Il décède
le vendredi saint, 7 avril 1719.
Les Frères viennent à Montréal en 1837, à la demande de Monsieur J.-V. Quiblier, Sulpicien et sont logés gratuitement au séminaire, puis rue Saint-François-Xavier, dans la maison de Le Moyne de Maricourt, meublée par les Sulpiciens. Ils contribuent au développement de la pédagogie élémentaire et publient des méthodes d'enseignement dans 284 manuels dont, en 1841, "Les Devoirs du chrétien". Ils ouvrent des classes, d'abord en face du séminaire puis, fondent de nombreuses écoles, dont une petite École d'agriculture à Oka en 1849, une Académie commerciale à Montréal en1873 et le Mont Saint-Louis, rue Sherbrooke à Montréal en 1888. Les Frères ont subsisté grâce à la générosité des Sulpiciens qui, en plus du logement et des voyages, donnaient à chacun un traitement de 160,00$ Ils ont déjà été 16,000, mais en décembre 2003, ils étaient 5,770 frères à voeux, répandus dans 80 pays sur les cinq continents. Aujourd'hui, ils ont le collège Saint-Paul à Varennes qui reçoit 900 élèves, les écoles Mont-Bénilde, de 400 éleves, à Bécancourt et Saint-Raymond à Portneuf et Revdec qui offre des services psycho-sociologiques pour de jeunes délaissés. Ils font de la pastorale, de l'aide sociale, organisent des Vacances-Familles et des camps pour la jeunesse. On peut retenir particulièrement les noms du Frère Clément Locqwell, professeur à l'Université Laval ayant eu une chronique littéraire dans Le Soleil, des Frères Palasis Prince et Siméon Hardy, fondateurs le la Faculté d'administration et de la Faculté de commerce de l'Université Laval qui deviendront la Faculté des sciences de l'administration et du Frère Marie-Victorin, fondateur du Jardin botanique de Montréal.
Résumé de l'entrevue du Frère Gilles Beaudet
Il fréquenta une école dirigée par des laïcs sur le boulevard Monk. Enfant de choeur et plutôt pieux, il lisait beaucoup d'écrits d'intérêt spirituel. La vocation lui est d'ailleurs venue un peu par la lecture, dont "Le Frère enseignant" écrit par le frère Cyrille. Ses frères ayant fréquenté le collège Saint-Henri, il connaissait les Frères des Écoles chrétiennes un peu par ricochet. Il voulait être professeur et, en tant que Frère des Écoles chrétiennes, il devenait enseignant, ce qui répondait à ses goûts. Le juvénat était un endroit sérieux mais, comme il l'était lui-même, tout lui convenait parfaitement. Sa première expérience dans l'enseignement fut à la paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-La Salle. Après un ou deux ans, il fut transféré dans un milieu bien spécial, en sixième année, à l'école Saint-Laurent, avec des jeunes qui venaient de l'institution des Buissonnets. C'était complètement différent, mais sympathique et attachant. Aux deux endroits d'ailleurs, la réponse des jeunes et des familles avait été très bonne, quoique la deuxième expérience avait été un peu plus difficile, sur le plan de la discipline, mais cela ne l'a pas abattu. Ensuite, il fut professeur au juvénat, à peu près deux ans. Puis, il enseigna à l'École Normale, tout en faisant des études en pédagogie, dont il a obtenu la licence en '62. Le frère dit avoir été heureux de la venue du concile. Par contre, il ne put être d'accord avec les excès survenus à la suite du concile, parce que lui-même avait évolué dans un autre sens et était devenu un peu traditionaliste. Paradoxalement, les élèves qui l'avaient connu à l'École normale le considéraient progressiste. Il était parti en '63 pour un doctorat en Lettres, à la Sorbonne et, puisqu'il était déjà en Europe, il avait pu être présent à la journée de clôture du concile avec Paul VI. Au sein de la communauté, ce fut une évolution. Le frère avait écrit des articles dans leur revue de district, toujours dans le sens d'engager le dialogue. Il revint au Québec au moment de la création des cégeps. À ce moment-là, les frères voyaient cela comme un bien. Ils étaient renseignés et avaient la mentalité du renouveau que le frère Desbiens avait véhiculée comme un besoin auprès du ministère. Mais, avec le temps, ils considèrent aujourd'hui que la création des polyvalentes, et les résultats que cela a donnés de même que certains aspects de cette évolution dans la société sont devenus un peu discutables. Le bilan est donc moins positif que ce qu'ils en auraient attendu. Par ailleurs, il y eut alors une période d'effervescence au niveau des études des frères auxquelles le directeur des études de la communauté donnait une forte impulsion. Donc, plusieurs frères ont obtenu des degrés universitaires de base et ont fait des voyages culturels en Europe, prenant des cours d'été en littérature française à l'Institut catholique de Paris. De retour d'Europe, il enseigna au Mont Saint-Louis et passa automatiquement par la création du Cégep du Vieux-Montréal avec le collège Sainte-Marie et l'École de technologie. Au début, il était chef du département de français mais choisit, par la suite, de redevenir simple professeur. Ce qui l'intéressait, c'était la relation avec l'élève: enseigner, communiquer, avoir affaire avec les jeunes. La période de '68, où leur propre collège avait été occupé par les jeunes, fut difficile, mais heureusement, le directeur des étudiants à l'époque, Clément Lacroix arrivait à bien manoeuvrer. En ce qui le concerne, il avait l'impression de flotter au-dessus de ces réalités; il donnait son enseignement, mais déplorait de ne pas avoir, avec les étudiants, le contact qu'il avait quand ils étaient en institut privé. Au cégep du Vieux-Montréal, il y avait une mentalité communiste mais, même si les étudiants avaient voulu l'en empêcher, il parlait de Dieu et recrutait des jeunes pour des rencontres sur l'Évangile. De '60 à '87, il était «au front» et souvent les élèves disaient: "Vous n'êtes pas comme les autres." Il reçut d'eux des témoignages encourageants, entre autres celui-ci: "Au-delà des apparences, vous êtes un homme «cool» et franc. Surtout, ne changez pas." Donc, ses relations avec les jeunes du cégep étaient des relations personnelles qu'il appréciait beaucoup. En 1987, il travailla au Centre international lasallien, fondé vers 1972 où l'on fait appel à des frères à travers l'institut pour former le personnel. Cela se fait dans les trois langues, le français, l'espagnol et l'anglais auprès de trois groupes. Lui-même était chargé du groupe francophone. Tout cela, en vue d'un approfondissement de la pensée du fondateur, une évolution de sa vie spirituelle et, en même temps, une adaptation au monde d'aujourd'hui. C'est spirituel, mais un peu axé sur le psychologique, dans tout ce qui peut contribuer au développement humain et, avec un accent sur la connaissance de l'institut, cela inclut généralement un pèlerinage aux endroits où le fondateur a vécu. Cette formation est présentée sous forme de conférences et de sorties culturelles à travers l'Italie. On peut y recevoir jusqu'à cinquante personnes qui viennent de partout où sont les frères, soit dans quatre-vingts pays. Il y a deux aspects dans ce collège: c'est en vue d'un renouveau spirituel pour la personne, mais également en vue de former des leaders. Beaucoup d'entre eux ont accédé à des postes d'influence. Le frère Beaudet a fait des recherches et écrit sur le frère Marie-Victorin qu'il n'a pas connu, mais dont la personnalité l'intéresse. Trois ans après son retour d'Europe, en '69, soit au 25e anniversaire du décès de Marie-Victorin et il publia quelques-unes de ses lettres dans "Confidence de combat". Son journal intime "Mon miroir" parut en 2004. Sa vie à Cuba, c'est à travers "Les Itinéraires botaniques" que ce fut écrit et publié. Il y aura bientôt une autre publication par Monsieur Bouchard. Ce sera la correspondance du frère Marie-Victorin avec le Frère Léon qui était un grand botaniste de l'île de Cuba. Autrement, les "Voyages à travers trois continents" de Marie-Victorin en 1929 restent encore inédits. Quant au frère Clément Locqwell, il y aurait certainement là un filon à exploiter, entre autres ses "Réflexions du soir" à Radio-Canada, de même que tout ce qu'il a pu écrire dans les revues. On ne peut faire que des hypothèses sur l'avenir de la jeunesse d'aujourd'hui. Le frère connaît de très bons jeunes et beaucoup d'entre eux ont plus de valeurs que ce qu'on imagine. La jeunesse a des ressources remarquables de générosité: on en voit qui vont dans des pays étrangers participer à des ONG. Pour ce qui est des vocations, on peut se demander quel attrait présente la vie enseignante aujourd'hui. Que de professeurs font des dépressions! Le frère pense que les communautés nouvelles répondent peut-être davantage à ce que les jeunes attendent de la vie. Dans leur province, le système arrive à une impasse, mais les frères ont des associés, des personnes de qualité. C'est un filon pour l'avenir. Sur le plan personnel la foi du frère n'a jamais été mise en doute. Il a toujours été convaincu, mais en même temps, il a toujours cherché, et tout le côté biblique l'intéresse toujours. Il n'a jamais non plus douté de sa vocation. Mais il est vrai qu'à certains moments, il a trouvé la vie communautaire pénible. Personnellement, le frère n'a jamais désiré le sacerdoce. Sa mère l'aurait souhaité, mais elle respectait son choix. Le frère conclut qu'on est porté par la grâce de Dieu dans ce sens: on a quelque chose à accomplir avec ses limites, ses échecs, ses imperfections.
Résumé de l'entrevue du Frère Fernando Lambert
La vocation de Fernando a été tout à fait imprévue. Tout d'abord, il avait un modèle, c'était sa grand'mère maternelle et marraine qui était institutrice et lui avait appris à lire quand il devait avoir quatre ans et demi ou cinq ans. Il voulait donc être enseignant comme elle, mais il faillit ne pas le devenir, car son père avait créé une "petite affaire" et voulait qu'il en soit le comptable. Il l'envoya donc faire des études dans un pensionnat tenu par les Frères des Écoles chrétiennes à Arthabaska, où il rencontra des professeurs qui l'ont beaucoup marqué, particulièrement un professeur de mathématiques qui était également maître de chant. Il le fut également par la convivialité et le bonheur des frères entre eux. Il doit donc sa vocation à ces personnes qu'il a admirées. Il entra au juvénat alors qu'il allait avoir quinze ans. Comme il avait été pensionnaire chez les frères, quand il est arrivé au juvénat, il ne trouva pratiquement pas de changements. Puis il fit ses études à l'École normale et en '52, il enseigna à l'école Saint-Jean-Baptiste, à Québec où il est resté trois ans. Il était alors vraiment dans son élément. En '55 la communauté créait une nouvelle province religieuse en Afrique et voulait y envoyer des jeunes pour que cela tienne longtemps. Il accepta donc une nomination pour le Cameroun. Ce collège avait été bâti par les Pères Spiritains, mais les frères l'occupaient depuis quelques années. C'était le premier établissement privé catholique. Il n'y avait pas de résidence, pas d'eau et, au collège, les frères partaient de zéro. Dès son arrivée, le frère prépara ses classes, en moins de deux jours. Dans la petite bibliothèque qu'on lui avait confiée, il n'y avait qu'une vingtaine d'abrégés d'Histoire sainte, une cinquantaine de petites grammaires rouges Robert. et une série de grands classiques français du XVIIe. Quand il quitta en '61, la bibliothèque avait déjà plus de 5,000 volumes. En six ans, les frères avaient réussi à construire une résidence et un véritable bâtiment scolaire. Ils étaient occupés du matin au soir, parce que c'était un internat de 320 internes et d'une trentaine d'externes. Le frère montait de classe avec ses élèves. Il a eu, entre autres,un groupe d'une force absolument incroyable dont six sont actuellement médecins, d'autres, sont hauts fonctionnaires ou professeurs à l'université. Dans son premier groupe d'élèves, une vingtaine de Camerounais sont devenus frères, mais ils sont tous partis progressivement, parce qu'ils ne maîtrisaient pas très bien certaines valeurs, en particulier la relation avec la famille. En ce qui concerne le concile, dans un premier temps, le frère en était assez éloigné. Pourtant il était à Québec à ce moment-là mais, en dehors de ce qui en était écrit dans les journaux, ses préoccupations n'étaient pas celles-là, non qu'il fut indifférent, mais il n'en attendait pas de merveilles. Déjà en Afrique on recourait aux langues africaines, même avant que le concile ne passe aux langues vernaculaires, pour une raison très simple, c'est que la majorité des gens ne parlaient pas le français, sauf ceux qui avaient été scolarisés. Les frères enseignaient le français parce que c'était la langue d'usage à l'école. Le frère Fernando avait commencé à s'intéresser aux cultures africaines lorsqu'il avait été invité par un ami camerounais de son âge à assister à une soirée de contes. Après cela, son premier travail de recherche a été de travailler sur les contes de la région dont il connaissait la langue. Comme il s'intéressait à la littérature orale, il avait demandé à ses élèves de recueillir auprès d'un vieux de leur village, dans leur langue, un conte touchant l'origine de leur ethnie. Quand ils ont remis leurs travaux de vacances, il s'est retrouvé avec des récits qui venaient de vingt-deux ethnies différentes. Tout cela lui a servi, et pour son enseignement, parce qu'il enseigna trente ans à l'université Laval, et pour ses recherches. Puis, il se posa des questions sur l'utilité du type d'enseignement, entre autres celui du latin, qu'on donnait dans son collège. Alors, il revit plusieurs de ses positions et travailla aussi à faire changer un certain nombre de choses à l'intérieur du collège. Puis, il revint au Québec avec l'intention de prendre une année sabbatique, parce que, après quinze ans en Afrique, il voulait renouveler ses connaissances. Un de ses amis, directeur du département de littérature à la faculté des Lettres de l'université Lava lui offrit alors d'assurer un cours sur les littératures négro-africaines à la radio. Après hésitation, il accepta de faire cette expérience et il adora cela. Après cela, il passa à la télévision, un nouveau support pour l'enseignement. Après chaque série à la télé, il retournait en Afrique, parce qu'il lui fallait aller chercher du matériel africain pour donner un visage aux auteurs dont il parlait et à cette Afrique qui se trouvait représentée dans les romans, la poésie, le théâtre. Il a rencontré Senghor une trentaine de fois au moins et a fait beaucoup de travaux sur lui. Il connaît bien aussi Aimé Césaire. Ce sont deux hommes très importants dans l'évolution des Noirs, d'un côté les Antillais et, de l'autre, les Africains, mais très différents comme presonnalités, deux grands intellectuels, deux grands écrivains, deux grands poètes. C'étaient deux grands amis qui ont cependant eu des querelles idéologiques terribles, mais qui se respectaient mutuellement. Sur le plan spirituel, il a toujours été marqué par ce que leur avait dit au départ leur fondateur: "Ne faites aucune distinction entre les choses de votre état religieux et les choses de votre emploi, l'enseignement." Or, il n'a jamais dissocié les deux. Quand le cardinal Vachon, recteur magnifique de l'université Laval lui proposa un poste qui lui permettrait de servir de lien entre Laval et les jeunes universités africaines, il accepta. Il commença donc un circuit des universités qui l'intéressait beaucoup. Pour ce qui est de l'avenir, le frère trouve qu'il est difficile de se prononcer, parce que l'Afrique est un continent de 51 pays différents. Le Burkina lui apparaît très prometteur, parce que c'est un peuple qui n'a pas ce défaut de la colonisation, c'est-à-dire le sentiment de dépendance, et qui tente de régler ses propres problèmes. Au Cameroun, sur le plan politique, cela stagne parce que c'est toujours le même système qui continue. En fait, ils n'ont eu que deux présidents depuis cinquante ans. Au niveau de l'Église, c'est beaucoup mieux. Ainsi le cardinal qui est à Duala, est un homme remarquable, une personnalité qui a pu faire contrepoids au pouvoir politique. Mais certains problèmes, pour les prêtres par exemple, ne sont pas réglés. C'est à propos de cette valeur africaine de la transmission de la vie, d'après laquelle quelqu'un n'a d'existence future que dans la mesure où il a laissé des traces avec des enfants. Cela vaut encore pour les prêtres africains dont certains ont femme et enfants. Le frère Fernando est optimiste pour l'avenir, mais c'est une question de prise en main des choses par les Africains eux-mêmes. La France les aide, mais cela ne règle rien, sinon que de façon temporaire. La référence qu'il a, c'est le Burkina, le Mali aussi; par contre, le Sénégal a peu de ressources naturelles, mais cela va dans le bon sens. "On dit que le 21e siècle sera celui de l'Afrique et j'y crois."
Résumé de l'entrevue du Frère Isidore Cyr
Ils n'étaient pas très riches, ils étaient même très pauvres, mais comme cultivateurs, il y avait de tout sur la ferme et sa mère faisait tout son linge y compris le tissage au métier. Les plus beaux souvenirs qu'il garde de son enfance sont ceux de sa «petite communion» dont il se rappelle une grande démonstration à l'église. Il y avait aussi les fêtes de Noël et de Pâques. Ce sont des cérémonies qui frappaient son imagination. Il commença à fréquenter l'école à l'âge de six ans. Un jour il reçoit une lettre lui disant: "Tu dois aller chez les Frères des Écoles chrétiennes." Cela remonte et est associé au jour où sa mère l'avait envoyé à un entretien sur les vocations donné par un religieux qui leur avait demandé s'ils voulaient entrer chez les Frères. Il avait répondu: "Oui." C'était resté là, pour le moment, mais après une correspondance de part et d'autre, un certain Frère Marc-André a pris le dossier en main de sorte qu'un jour, il a rendu visite à sa famille et Isidore est entré chez les Frères des écoles chrétiennes, au juvénat de Limoilou à Québec. Il avait treize ans et n'avait jamais pris le train, mais il partit tout seul pour monter à Québec, le Frère Marc-André s'étant entendu avec lui pour le rencontrer en route. Les larmes de sa mère, à ce moment-là, ont compté beaucoup pour sa persévérance. C'était en 1917, durant la première guerre mondiale. Il demeura au juvénat jusqu'à seize ans, puis il fit son noviciat à Laval-des-Rapides, et enfin son École normale. Il prit l'habit le jour de ses seize ans, le vingt et un du mois d'août 1920. Parti de chez lui en 1917, il ne revit jamais sa famille avant 1926, mais il correspondait avec sa mère tous les mois, sauf durant la grippe espagnole et durant le carême. À l'occasion de la prise d'habit, il avait passé un examen médical où on avait diagnostiqué une maladie du coeur, mais le supérieur du noviciat avait dit: "Je prends sur moi la décision de vous accepter tel que vous êtes. Faites le bout que vous pourrez." Il fit profession en 1929, à l'âge de vingt-cinq ans. Après ses études à l'École normale en 1922, il fut nommé à Saint-Roch, où il eut jusqu'à cent cinq élèves, car l'école Lagueux, la succursale, était passée au feu et les petits avaient été transférés à l'école Saint-Roch, jusqu'au mois de novembre. Quand les enfants eurent regagné leurs locaux à l'école Lagueux, il est resté avec quatre-vingt-cinq élèves toute l'année. Il enseigna un an à Saint-Roch. L'année suivante, il allait à l'Académie où il a enseigné pendant quinze ans, puis il fut nommé à Rivière-du-Loup où il est demeuré neuf ans, puis quatre ans à Saint-Raymond, jusqu'en 1937. C'est alors qu'Il tomba malade. Il fut dix-neuf jours sans connaissance. Les médecins ne savaient pas ce qu'il avait; il dit avoir servi de cobaye pendant des années. Après dix-neuf jours, il commença à reprendre connaissance mais il demeura encore quinze jours à l'hôpital, avant de passer trois mois à l'infirmerie de la maison mère. Lorsqu'il est revenu à lui-même en songeant un peu aux dangers qu'il avait traversés, à la possibilité que sa vie se terminerait là, il s'est dit: "Je dois une grande reconnaissance à Dieu." Et toute sa vie a été un acte de remerciement envers Dieu non seulement de lui avoir conservé la vie mais d'avoir "donné de la vie à ses années". Il a maintenant cent ans et son autonomie, il peut penser, il peut agir, il peut aimer. C'est une grâce pour laquelle il ne cesse de remercier le Ciel. Par la suite, il eut des crises tous les dix ans jusqu'en 1965, où ils ont découvert qu'il avait un virus dans le rein qui était mal drainé. Ils réussirent un traitement aux antibiotiques et il n'a pas eu d'attaque depuis 1984. De l'infirmerie, il alla à Saint-Jean-Bosco en convalescence où après un mois, comme il commençait à prendre des forces, il accepta d'y travailler à l'administration de la comptabilité, ce qu'il fit pendant quinze ans à cet endroit, puis à l'Académie. L'Académie étant un collège classique affilié à l'Université depuis 1928. Lorsqu'il y arriva, la Fédération des collèges classiques tenait sa première réunion. Il y assista, y fut nommé trésorier et le demeura jusqu'à ce que les collèges classiques deviennent cégeps en 1967. En 1972, l'Académie est devenue propriété du district et depuis ce temps, la corporation du disctrict lui apporte le budget qu'il administre. Il en est toujours le comptable, depuis cinquante-cinq ans. Durant ses cent ans de vie, le frère a connu évidemment tous les changements survenus dans la société et, sur le plan spirituel, il en fut de même où il développa, entre autres, la dévotion à leur fondateur, Jean-Baptiste de La Salle. De même, à l'ntérieur de la communauté, il a connu une évolution. L'habit religieux fut remplacé par un habit civil et les frères reprirent leur nom civil. Certains n'ont jamais voulu accepter. Lui, il a gardé son nom, Frère Isidore Cyr, mais dans les occasions officielles et pour son permis de conduire, sur sa carte d'assurance-maladie, c'est Odina, le nom reçu à son baptême. Il ne prenait qu'une semaine de vacances qu'il passait dans sa famille. La première fois, en 1926, il y demeura trois jours, avec l'autoriation de Rome, mais il n'a pu aller à la mort de son père en 1962. La vie, il la vit jour après jour. Il vit aujourd'hui ce qu'il vivait à quarante ans. Il dit: "Je rêve de faire demain ce que j'ai fait hier. Cela m'intéresse et me fait vivre." Il n'a jamais eu de loisirs, mais il aimait la nature et, lorsqu'arrivait le samedi, il allait à la campagne, à Saint-Jean-Bosco où la communauté avait un petit chalet, où les frères allaient passer le samedi et le dimanche. Il a été membre d'un club de chasse à Rimouski et s'accordait toujours une belle partie de pêche tous les ans, surtout à la Malbaie et même à Forestville jusqu'à il y a environ quatre ou cinq ans. Parmi les confrères qu'il a côtoyés, certains ont été très célèbres. Il a très bien connu le Frère Clément Locqwell avec lequel il avait demeuré à l'Académie. C'était un intellectuel. qui avait, à minuit, "ses réflexions" à Radio-Canada, des bijoux de réflexions Le seul reproche qu'on pourrait lui faire, c'est de ne pas avoir écrit ces choses-là. Il n'a laisé qu'un livre:« Les élus que vous êtes». Le Frère Isidore a bien connu également le Frère Marie-Victorin, quoiqu'il n'ait jamais vécu avec lui. Il le voyait de temps en temps, à l'Académie quand le frère y allait, mais, par ses écrits et sa réputation, il le connaissait très bien. Il a bien connu aussi Siméon Hardy, parce que c'est le premier à qui il avait demandé de faire l'audition de ses livres, à Saint-Jean-Bosco où cela n'avait jamais été fait. Un autre apport important à l'Université fut celui de la Faculté de commerce de l'Université Laval fondée par les finissants de l'Académie. Dès 1923, quatre élèves y ont poursuivi leurs études juqu'au niveau universitaire. Plus tard, ils ont bâti une annexe sur la rue Cook qui est devenue la Faculté de commerce et, en 1952, ils ont bâti la Faculté à la Cité universitaire, où ils enseignaient tout en conservant leur résidence sur le chemin Sainte-Foy. Le frère n'a jamais regretté la décision qu'il avait prise, quoique bien jeune. Il a toujours respecté les traditions et chaque jour, il y a trouvé le bonheur. Lorsqu'il rencontrait des dificultés plus grandes, il se demandait pourquoi mais, en réfléchissant, il se disait que c'était peut-être pour son bien. Un peu plus tard, il s'apercevait que c'était nécessaire. Par exemple, quand il est tombé gravement malade, sa première réaction a été la révolte, mais il a accepté la volonté de Dieu et, avec le temps, cela lui a valu une situation plus confortable. À propos du déclin que connaissent les communautés, il jette un regard sur le passé où des communautés religieuses très florissantes ont disparu et d'autres ont survécu pour répondre à un besoin. Saint Jean-Baptiste de La Salle a fondé l'Institut pour un besoin: les enfants pauvres de Paris étaient abandonnés, étaient dans le chemin. Il a donc fondé des écoles pour eux. Les malades étaient abandonnés, les religieuses ont fondé des hôpitaux. Aujourd'hui, l'enseignement et les hôpitaux sont à la charge du gouvernement. De sorte que les religieux et religieuses doivent trouver autre chose pour rejoindre la jeunesse dans un autre sentier que l'enseignement. C'est ce que les supérieurs actuellement font: ils recherchent des voies possibles pour rejoindre la jeunesse dans ses besoins. Dans les pays en voie de développement, il y a encore beaucoup de religieux.
Résumé de l'entrevue du Frère Marcel Blondeau
Au moment où Marcel Blondeau entre chez les Frères des Écoles chrétiennes, en 1948, Marie-Victorin, décédé en 1944, était une espèce de modèle pour lui et il avait averti ses supérieurs que c'était ce qu'il voulait faire. Sous l'influence des Clubs de Jeunes naturalistes, fondés par Marie-Victorin, il avait passé son temps, dans sa jeunesse, l'été, à herboriser près de la rivière des Trois Pistoles où il avait pris goût aux premières plantes, les plantes halophytes d'eau salée. Il avait lu La Flore laurentienne, un chef d'oeuvre, un monument, de même que Les Itinéraires botaniques dans l'Île de Cuba et la biographie de Robert Rumilly, Le Frère Marie-Victorin en son temps. Après avoir suivi des cours avec Bernard Boivin, il rencontra, à trois reprises, en vue de rédiger une notice et une bibliographie, le Frère Alexandre qui avait fait les dessins de La Flore laurentienne. Le frère enseigna deux ou trois ans à Nicolet et deux ou trois ans à Trois-Rivières. Puis, comme on avait besoin de quelqu'un pour enseigner à la faculté de commerce, il étudia deux ans à la faculté d'adminisration, ce qui lui permit de s'assurer une formation plus polyvalente et "d'éviter de tomber dans le piège de ne faire qu'une chose, soit la botanique." Puis, il poursuivit sa formation par des études en sciences économiques à l'université de Louvain. De retour au Québec, il s'attendait à être orienté à la faculté de commerce, mais on l'envoya plutôt à l'école commerciale de la commission scolaire, à Nicolet, comme animateur. Il y prépara également la polyvalente en faisant les horaires, travaillant, pour ce faire, sur d'immenses appareils d'informatique, ancêtres de l'ordinateur. Comme il avait remarqué que les professeurs de commerce n'avaient pas d'association, il mit sur pied avec Monsieur Guilbeault de Montéal, un peu avant '70, «l'Associaction provinciale d'enseignement du commerce» (A.P.E.C.) Alors qu'il travaillait sur des programmes, on lui offrit de donner des cours de pédagogie à l'université du Québec à Rouyn-Noranda et, après trois ou quatre ans, l'université lui offrit un poste mais il choisit plutôt d'aller à Saint-Ferdinand d'Halifax pour s'occuper du Mont-Villeneuve, un centre d'accueil pour enfants socio-affectifs mésadaptés . Après tois ans, le gouvernement proposa de fermer ce centre pour le transformer en foyers de groupes, mais la communauté décida de le fermer. Il se dirigea alors vers Cap-Rouge, au campus Notre-Dame-de-Foye comme régistraire, surtout pour la botanique. Tout en étant régistraire, il se rendit un été en Gaspésie dans le parc des Chic Chocks pour y étudier les plantes arctiques-alpines. Il rencontra l'abbé Ernest Lepage, curé à Saint-Simon de Rimouski qui avait écrit de nombreux articles sur le sujet, entre autres dans le Naturaliste canadien. Il obtint d'être accompagné par lui dans sa recherche en Gaspésie, au lac Mistassini et en Minganie. Il rencontra également Jacques Caillouette qui avait beaucoup de photos du Grand Nord québécois. Le premier endroit où il alla fut (Kudjouac?) où il demeura dans l'ancienne maison de commerce de la compagnie de la Baie d'Hudson, puis au vieux Chimo où l'université Laval avait un centre pour les chercheurs. De là, il rapportait les plantes qu'il avait découvertes à Robert Gauthier, conservateur de l'herbier de l'université Laval, l'herbier Louis-Marie en l'honneur du Père Louis-Marie, Trappiste d'Oka. Comme il avait beaucoup de données, entre autres sur les plantes d'(Énounjuac?), Monsieur Gauthier lui conseilla d'écrire un livre. De concert avec lui, qui "avait offert de l'aider et le fit patiemment, avec une grande pédagogie et une grande finesse" il prépara un ouvrage qu'il signa (La Flore d'Énounjouac?). Par Jacques Caillouette, il vint en contact avec d'autres importants chercheurs. Il possède également de nombreuses photos de tous ses travaux dont il se servira pour la publication d'un Atlas. Le frère s'est toujours senti en confiance dans sa communauté où on lui a souvent confié des responsablités à l'intérieur de conseils d'administration et d'organismes et il n'a jamais été malheureux; au contraire, il y est heureux et trouve que c'est une grande grâce d'être croyant et de pouvoir vivre la prière avec ses confrères. Pour lui, la règle n'est pas un carcan, car elle est basée sur l'Évangile et il trouve bon et nécessaire qu'il y ait des structures. Il a bénéficié de retraites prêchées par "des gens de grande expérience venus d'Europe." Sa fréquentation du monastère de Rougemont où il se laissait imbiber par la liturgie et ses lectures de Dom Guéranger, l'Abbé de Solesme, de même des livres d'autres auteurs spirituels comme Neuwen lui ont beaucoup apporté sur le plan spirituel,. Pour lui Dieu est Amour, Lumière qui nous aime de façon extraordinaire. En travaillant en botanique, il a l'impression de satisfaire à la demande du Créateur qui a demandé à l'homme de "nommer" toutes choses. Pour
lui, l'avenir est dans les jeunes, branchés en dépit de
quelques exceptions, sur l'écologie, le respect de la nature.
Pour les communautés, il est important de remplir leur mission
aussi longtemps que possible et de faire confiance à la Providence
et, pour chacun, de ne pas oublier que "l'homme intérieur
grandit pour arriver finalement à la vie éternelle et
que, pour ceux qui ont le don de la contemplation, le saut sera plus
facile à faire."
|