Champlain
Mgr de Laval
Frontenac
Jean Talon
Maisonneuve
Vaudreuil
Jeanne Mance
Mgr Lartigue
Montcalm

 

LA FONDATION DU PATRIMOINE LAURENTIEN

 

Témoignages

«Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu» (Jn 3,21)

 

Pères Dominicains
Rel. Hosp. de Saint-Joseph
Religieuses de Jésus-Marie
     
Soeurs Grises de Montréal
Frères Maristes
Religieuses Ursulines
     
Pères Jésuites
Soeurs de Sainte-Croix
Frères de l'Instr. Chrétienne
     
Congrégation de Notre-Dame
Clercs de Saint-Viateur
Pères Franciscains
 
Messieurs de Saint-Sulpice
Pères Assomptionnistes
Pères Rédemptoristes
     
Soeurs de Miséricorde
Soeurs de Sainte-Anne
Pères Spiritains
     
Petites S. de l'Assomption
Soeurs du Bon Conseil
Hosp. de St-Jean-de-Dieu
     
Frères de Saint-Gabriel
Pères Eudistes
Srs de Saint-Joseph de S.V.
     
Srs des Saints Noms de Jésus et de Marie
Religieux de Saint-Vincent
Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur
     
Congrégation de Sainte-Croix
Fr. des Écoles chrétiennes
Soeurs de la Providence

 


Clercs de Saint-Viateur

 

Clercs de Saint-Viateur
Fondateur
Témoignages religieux

Fondation en France: 1831

Arrivée au Québec

des Frères Fayard,

Champagneur et Chrétien

en 1847

 

Frère

Léo Bonneville

Pères

Fernand Lindsay

Louis Genest

 

Éducation de la jeunesse

Louis Querbes 1793-1859

Prédication

 

Historique de la congrégation

L'Institut des Clercs de Saint-Viateur, composé de pères, de frères et d'associés, a été fondé, en 1831, à Vourles, un village au sud de Lyon, en France, par l'abbé Louis Querbes, curé de paroisse, pour l'éducation des enfants des paroisses isolées et pauvres. Au début, c'était une association de catéchistes laïcs, mais les religieux furent bientôt approuvés par Rome en 1838.

À la demande de Mgr Bourget évêque du diocèse de Montréal, 3 religieux, les frères Fayard, Champagneur et Chrétien, viennent le 28 mai 1847 pour enseigner au Collège Joliette fondé par M. Barthélemy Joliette, du village de l'Industrie, au Québec.

L'abbé Charles-Iréné Lagorce, chargé par Mgr Bourget d'ouvrir une école pour sourds-muets en 1848, fait appel aux Clercs de Saint-Viateur qui prennent l'Institut en charge en 1852. Quatre ans plus tard, un jeune novice Alsacien sourd, Jean-Marie-Joseph Young, organisera l'Institut à Montréal.

En 1850, ils fondent le Collège Bourget à Rigaud et, durant les cinquante années suivantes ils auront fondé, au Québec, vingt-cinq écoles, académies ou collèges.

En 2006, la communauté viatorienne continue d'oeuvrer en milieu scolaire et paroissial et dans des mouvements de jeunes et des maisons d'accueil, en prédication de retraites, en pastorale auprès des sourds et des centres de ressourcement.

www.csviateur.qc.ca

Résumé de l'entrevue du Frère Léo Bonneville
élaboré par lui-même

Léo Bonneville naît le 22 septembre 1919 . Il est baptisé dans la paroisse Saint-Denis de Montréal. Toutefois, il fait ses premières études chez les Clercs de Saint-Viateur, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste où la famille a déménagé. Son père, Dunkin Bonneville, argentier de miroirs compose une famille de neuf enfants dont six garçons et trois filles.

Léo, garçon pieux désire enseigner à l'exemple de ses instituteurs religieux. À seize ans, il se dirige donc au noviciat des Clercs de Saint-Viateur à Joliette. Après un an, on l'envoie enseigner aux débutants de l'école Saint-François-de-Laval de Bordeaux. Puis on le dirige vers l'École normale de Rigaud pour obtenir le diplôme d'enseignement. Il peut alors commencer une carrière à Montréal où il passe deux ans à l'école Saint-Louis du Mile-End, ensuite quatre ans à l'école Saint-Nicolas d'Ahuntsic, avant d'être nommé assistant-directeur à l'Académie Saint-Jean-Baptiste.

«Nous sommes en 1946. La guerre est terminée. Mais la France est passablement affectée par les bombardements. Nos confrères français demandent de l'aide. Le père Louis-Philippe Fafard, supérieur provincial, invite des confrères pour cette mission. Mon amour de la culture française m'incite à offrir mes services. Viennent les nominations annuelles, mon nom figure à la dernière place: Pontcharra-sur-Turdine (Rhône). Après une année à ce pensionnat, je suis heureux de monter à Lyon aux Éditions de l'École et la Famille. Mais la Belgique aussi demande de l'aide. C'est ainsi que j'ai pu connaître Bruxelles et le pays. Après deux ans fort agréables chez les Belges, on m'appelle au Canada pour enseigner à l'École supérieure Saint-Viateur.

C'est alors que ma carrière va prendre une direction imprévue. Cette année-là, la Jeunesse étudiante catholique (JEC) a mis à son programme le ciné-club afin de faire réfléchir les jeunes sur les films. Le responsable de cet organisme vient m'offrir de m'occuper de cette activité. Pour me déterminer à accepter, il me présente le livre du père Desplanques, O.P. Derrière l'écran, en me demandant de le lire attentivement. Après deux semaines, il attend mon avis. Je lui réponds que cela semble intéressant. Et, subitement, il me lance: il faut vous en occuper. C'est ainsi que je suis devenu un adepte du cinéma.

Heureusement, la commission de la JEC de Montréal organise des sessions pour ses professeurs disposés à s'occuper d'un ciné-club. Au bout d'un certain temps, je me décide à consulter quelques élèves. Après leur avoir expliqué clairement en quoi consiste un ciné-club, ils ont réussi à rejoindre plus de deux cents élèves. Chaque séance comprend une présentation, une projection et une discussion. Ces trois étapes sont bien appréciées des membres.

Je laisse le ciné-club pour aller obtenir un baccalauréat à l'université d'Ottawa. Je rencontre Guy Côté qui devient un bon ami et fondera la cinémathèque québécoise.

Ces deux années terminées, je reviens à Montréal pour enseigner à l'Académie Querbes. Monsieur Gérard Parizeau (père), me demande de fonder un ciné-club mixte, comprenant l'Académie Querbes et l'École Notre-Dame-de-Bon-Secours. Je pose mes conditions et tout m'est accordé. Les échanges entre garçons et filles apportent des points de vue variés et fort intéressants.

Tout en enseignant et en m'occupant du ciné-club, je termine ma thèse pour l'obtention de la maîtrise ès arts de l'Université de Montréal avec grande distinction. Appréciant ce succès, le directeur des études des C.S.V. vient me demander ce que je veux entreprendre maintenant. Je lui dis simplement que les docteurs en lettres ne manquent pas, et, de plus, ils sont redoutés dans les cégeps à cause d'un salaire supérieur. Je déclare au directeur des études que, dans le domaine du cinéma, il y a peu de gens compétents, alors que les ciné-clubs se muiltiplient dans la province de Québec.

C'est ainsi que je suis allé à l'Institut de filmologie de la Sorbonne et aussi à l'Institut des Hautes Études cinématographiques . Les deux cours sont complémentaires. Mais je profite aussi de différents stages de cinéma hors de Paris, de rencontres avec des réalisateurs et du ciné-club de la Sorbonne.

Gonflé à bloc, je rentre à Montréal plein d'enthousiasme pour lancer, en 1963, un congrès des ciné-clubs à travers la province. Chaque ciné-club peut déléguer trois membres à l'Université de Montréal. Pendant trois jours, 650 congressistes, venus de tous les coins de la province, abordent les problèmes spécifiques aux ciné-clubs. Le dernier soir, le professeur Henri Agel, arrivé de Paris, développe le Rôle du cinéma dans la culture contemporaine. Plus de mille auditeurs l'acclament frénétiquement.

Il faut savoir que la revue Séquences est née à la suite du premir stage de cinéma et contribue à créer des relations entre les membres des ciné-clubs. Elle relève de l'Office diocésain du cinéma, mais le directeur garde toute sa liberté. Il va sans dire qu'avec le temps, non seulement le format de la revue change, mais le contenu prend de l'importance. De bulletin, Séquences devient un magazine de qualité. Ainsi la critique de films, les entretiens avec les réalisateurs, les reportages sur la production d'un film, les festivals, etc. alimentent le contenu.

Pendant quarante ans, j'ai dirigé Séquences en créant en certaines circonstances des numéros spéciaux consacrés à un sujet précis: «Norman McLaren», «L'Animation à l'O.N.F.»,« Un cinéaste saisi par la perfection», «Le Cinéma au Québec». Avec la nouvelle direction, Séquences vient de célébrer ses cinquante ans.

Ce tableau ne serait pas complet sans la présence de Léo Bonneville dans différents festivals. Je suis un habitué du festival de Cannes. C'est indéniablement le plus important. Souvent j'ai présidé le jury oecuménique à Cannes, San Sebastian, Montréal, Venise, etc.

Depuis 1950, le cinéma m'a toujours préoccupé. L'expérience des ciné-clubs m'a appelé à écrire une sorte de vade-mecum pour les membres, Le ciné-club, méthodologie et portée sociale. D'autre part, j'ai colligé une trentaine d'interviews des cinéastes de chez nous sous le titrre Le cinéma québécois par ceux qui le font. Récemment, Soixante-dix ans au service du cinéma et de l'audiovisuel rappelait la naissance et le développement de l'Office catholique international du cinéma.

Où va le cinéma? Il faut dire qu'il ne manque pas de talents. On parvient à préparer des scénarios bien étoffés. De plus, on arrive à parler un français convenable et à se libérer des vulgarités et des blasphèmes, bref à produire des films dont on est fier. C'est réjouissant.

Si les autorités de ma communauté ont eu la largesse de me laisser m'aventurer dans le domaine du cinéma, c'est que l'Église se rendait compte que le cinéma avait une large affection du public. Et, au lieu de tonner d'indignation dans les chaires, il valait mieux chercher à former des spectateurs lucides et clairvoyants. Le 7e Art n'a pas fini de nous étonner. Les merveilles sont à venir. Soyons à la fois accueillants et vigilants.»

 


Résumé de l'entrevue du Père Louis Genest

Après avoir vendu sa terre de Loretteville, Monsieur Théodore Genest vint s'établir à Québec, fit des études en menuiserie, épousa Alice Leclerc, de Québec, le 17 avril 1917, durant la guerre de 1914-18, puis vint s'établir à Montréal. Le Père Louis naquit à Verdun, le 28 septembre 1923, troisième, avec une jumelle qui mourut jeune, de huit enfants. Un certain rigorisme avait alors gagné toutes les religions. Madame Genest, qui avait reçu une bonne éducation, avait des critères d'excellence en éducation et en religion pour ses enfants. Elle contrôlait leurs amis, mais ils parvenaient à s'amuser entre eux sur le terrain de leur maison à deux étages et étaient heureux. Le papa les avait initiés à entretenir un petit jardin de légumes; Louis s'intéressait déjà aux nids d'oiseaux et observait les changements météorologiques. C'est là qu'il avait rencontré Victor Gaboriau, initiateur de l'ornithologie scientifique au Québec.

La crise de 1929 fut une période dure et humiliante pour la famille, même si Monsieur Genest avait pu conserver son emploi comme menuisier chez Édouard Goyer Ltée à Saint-Laurent. Le Père fit donc sa première communion à Saint-Laurent, puis étudia quatre ans à l'école Saint-Joseph de Bordeaux. Il aimait le dessin et faisait des paysages et des portraits, ce qui lui valut plus tard de se faire offrir deux bourses pour l'école des Beaux Arts, mais il refusa, se destinant alors au sacerdoce. C'est à Saint-Alphonse d'Youville qu'il connut une période de ferveur et développa une vie spirituelle personnelle, la dévotion à Marie, à la présence eucharistique de Jésus et aux âmes du purgatoire, dévotions chères aux Rédemptoristes, mais sans projets précis pour l'avenir.

Il découvrit également les jeunes filles, car il était à la fois affectueux et esthète, attiré par la beauté. À Saint-Marc de Rosemont, le vicaire de sa paroisse, Jean-Baptiste Beaulieu, offrit de l'aider à entrer au collège Saint-Ignace pour s'initier aux humanités gréco-latines. Quand, lors de la deuxième guerre, la France fut neutralisée par Hitler, il pleura beaucoup, rejoint par les idées de son professeur, frère du président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Louis Dansereau. Les conditions de la famille étant encore précaires, l'aide extérieure fut nécessaire pour permettre au Père et à ses quatre frères, d'entrer pensionnaires au collège Bourget de Rigaud et d'y poursuivre leurs études.

Durant les vacances, les jeunes gens se passaient des livres pris à la bibliothèque municipale et en lisaient six par semaine, mais les vicaires trouvaient qu'une telle vie renfermée n'était pas bonne pour eux et les envoyèrent à la Colonie de Vacances des Grèves, dirigée par les Sulpiciens. Ce fut merveilleux pour eux, en pleine nature, au bord du fleuve, se dévouant auprès des jeunes, soit comme moniteurs ou aides-moniteurs. Durant ces six semaines, le Père put pousser son intérêt pour les sciences et réussit, tout en faisant partie de clubs de sciences, à monter une collection de 700 papillons.

Il fut retardé dans ses études, par la maladie et revint à Montréal pour continuer au collège Marie-Médiatrice puis au séminaire de Gaspé pour ses deux années de philosophie qui l'emballèrent, comme c'avait été le cas pour la littérature et les humanités avec M. Marcel Trudel et le théâtre et la musique avec le Père Antonin Lamarche, C.S.V. C'est à la fin de sa philo. II qu'il décida de sa vocation, décision qui lui procura une grande paix.

En août 1946, le Père entrait au noviciat de Rigaud, y purifiait ses facultés et son coeur, découvrait l'Église, le Père Querbes et la spiritualité de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus qui lui apporte encore beaucoup. Après son noviciat, il fut envoyé en mission au collège Bourget comme secrétaire du directeur des études, une autre année extraodinaire où il apprit comment exercer l'autorité et administrer. L'année suivante, il commençait ses études de théologie qui l'enchantèrent et fut ordonné en 1954. Quand on lui demanda ce qu'il voulait enseigner, il répondit le français, mais reçut un mandat d'enseigner les sciences. «Le bon Dieu avait parlé». À partir de ce moment-là, il investit sa vie dans la biologie, l'écologie et les sciences, toujours à Rigaud. Secrètement, il caressait un projet d'invention. Après plusieurs tentatives, il réussit, par un procédé spécial, à conserver des fleurs avec leurs formes et leurs couleurs sans devoir les écraser dans un herbier.

Il refonda le club de sciences et fit des excursions en montagne avec les jeunes, mais ces derniers en demandaient davantage, en plus de participer aux Expos-Siences, où ils raflaient tous les trophées.

Il organisa donc des camps volants avec les conseils d'un confrère, Léo Brossard, C.S.V., puis s'installa en Charlevoix à Port-au-Saumon, en 1960. Voyant les possibilités du terrain, il décida de créer un Centre d'écologie pour le grand public. Il présenta un mémoire au gouvernement, demandant 50,000,00$ pour ce projet qui occuperait trente étudiants sans emplois durant l'été. Celui-ci étant accepté en 1970, ce fut le début.

Tout en continuant les camps de jeunes, il sélectionna alors pour ce projet des étudiants spécialisés dans diverses disciplines scientifiques et un professeur de l'Université Laval accepta de le patronner. Ils étudiaient les éco-systèmes sur différents types de sols, toujours à la merci des subventions gouvernementales. C'est alors que M. Grandtner organisa un Congrès international de phyto-sociologues en 1974. Il vint des gens de partout, de Russie, d'Allemagne, d'Italie, du Japon, des États-Unis. Pierre Dansereau vint également. Le «Numéro Un» pour l'écologie en Europe, un Allemand qui enseignait dans trois universités tint à donner cinq minutes pour parler de Port-aux-Saumons et dire qu'il n'avait jamais vu de tels sentiers et qu'il fallait généraliser cette nouveauté.

Le Père obtint de Mgr Félix-Antoine Savard de faire une dédicace pour le grand public. Il découvrit, à la suite de recherches que le terrain appartenait à la Seigneurie de Charlevoix, à un Monsieur Cabot. Il prit rendez-vous avec ce monsieur qui partait pour New-York le lendemain. Il lui montra la carte des sentiers de Port-aux-Saumons, après quoi il lui fit visiter les sentiers. M. Cabot lui dit qu'il avait là une «first class organization», lui offrait son aide et était prêt à faire des fondations pour eux. Le Père découvrit alors qu'il était sur le «Board» du Jardin botanique de New-York.

Il fut décidé avec lui d'instituer une corporation et d'organiser, à Cap à l'Aigle, des visites guidées de son jardin «aux quatre vents» pour le public. Les visiteurs font un don que Monsieur Cabot verse intégralement à la Corporation ce qui revient à 50,000,00$ par année. Le Centre a été par la suite déclaré par l'Unesco «Aire centrale de la Réserve mondiale de la biosphère de Charlevoix» en 1989 et le Père fut reçu dans le «Cercle Phoenix de l'environnement» en 1995, avec Pierre Dansereau et plusieurs autres. Le Centre fut déclaré un pôle thématique de l'Estuaire moyen du St-Laurent dans la loi du Parc marin du Saguenay-St-Laurent, étant donné l'interprétation du milieu maritime qui s'y fait. Le Père veut maintenant qu'entrent en jeu, dans toute cette organisation, la philosophie, la pédagogie et la spiritualité qui sont devenues les siennes.

Comment a-t-il pu concilier sa vocation religieuse avec ses activités scientifiques? Ce ne fut pas sans de grandes épreuves, mais il a eu la force d'y faire face, en étant positif. Il aimait les jeunes et l'enseignement et il avait là une formule idéale parce qu'il recevait des témoignages de gens qui avaient été amenés à réfléchir et à prier à la suite de leur expérience. C'était aussi un travail d'équipe avec le conseil d'administration de la corporation. Sa philosophie tient du fait que les gens ne sont pas faits pour du béton, du macadam; les gens ne sont pas heureux et vivent comme des automates. Tandis qu'une vie en milieu de nature rend calme et en harmonie avec soi-même, avec la nature, avec l'autre et avec Dieu. Si on est capables de faire passer la capacité d'émerveillement des jeunes à travers les difficultés de l'adolescence jusqu'à l'âge adulte, ils sont sauvés: ils seront capables de s'émerveiller devant tout ce qui est grand, noble et beau. On a perdu la période de chrétienté, et c'est dommage, mais les jeunes sont aussi merveilleux que nous l'étions à notre époque. Malheureusement il font face à une baisse de qualité de civilisation. Il y a aussi des bouleversements climatiques, mais cela ne veut pas dire que cette période ne se replacera pas. Il y a des cycles de 11 ans, de 80 ans, de 200 ans, de 150,000 ans, etc. Il est vrai que les hommes interviennent et que la vie animale est également menacée: la collectivité doit agir. Comme il se fait beaucoup de travail sur le plan spirituel et il faut être optimiste.

 

Résumé de l'entrevue du Père Fernand Lindsay

Le Père Fernand Lindsay est de Trois-Pistoles, mais l'Île Verte a une signification particulière pour lui, parce que ses ancêtres y ayant été gardiens de phare, lui-même y a passé toutes ses vacances d'été, de sorte que les thèmes d'eau, de bateaux, de naufrages et d'aventures y sont associés à des souvenirs heureux. Ils étaient cinq enfants, dont deux jumelles, d'un premier mariage de leur mère, et trois garçons.

Il fit ses études primaires chez les Frères du Sacré-Coeur et étudia le piano chez les religieuses des Saints-Noms-de-Jésus-Marie, comme d'ailleurs ses frères et soeurs, lui, en ayant fait un peu plus. Il commença ses études classiques au séminaire de Rimouski, mais lui et son frère les poursuivirent à celui de Joliette, parce que leur oncle, qui toucha l'orgue à la cathédrale de Montréal pendant vingt-cinq ans, y était professeur de piano et organisait des concerts, ainsi qu'au séminaire de Sainte-Thérèse, ce qui était attirant pour un jeune pianiste. Il apprit également la clarinette pour l'Harmonie du collège.

L'exemple de professeurs extraordinaires de latin, d'histoire et de français comme le Père Bellemare, qui dirigeait également l'orchestre du collège et préparait des concerts avec lui, et le Père Marion, le Père Brunelle pour la musique, le Père Boucher, directeur des études, l'exemple, donc, de leur générosité et de leur compétence, ainsi que les fêtes du centenaire des Clercs de Saint-Viateur à Joliette avec le Père Lamarche, tout cela l'inclina à choisir cette communauté pour y réaliser le désir du sacerdoce qu'il avait en lui depuis son enfance.

C'est aussi à Joliette qu'il fit son noviciat et ses études de théologie, là aussi, dans ce séminaire, qu'il enseigna, durant quarante-deux ans, le français, le latin, l'histoire et la religion. En 1963, il fit un stage de deux ans en Europe pour des études médiévales et de philosophie. Il profita de ce séjour pour assister aux festivals de Salzbourg et de Bayreuth.

Joliette était devenu un centre culturel, grâce à ses musiciens, grâce aussi au Père Corbeil, peintre qui peignait les décors des pièces de théâtre. Cela fait partie de ce que la communauté a voulu réaliser, dans l'esprit de son fondateur, le Père Querbes qui exaltait la beauté dans toutes ses expressions. Une série de quatre concerts fut organisé avec les "Jeunesses musicales", puis des saisons consacrées au théâtre, au ballet et aux Grands Explorateurs. Des concours furent organisés pour les étudiants de la région auxquels était accordée une bourse pour les meilleurs. Des camps musicaux furent organisés pour les plus jeunes de plus en plus nombreux maintenant et très doués. Le Père Lindsay s'occupe de la chorale depuis quarante-deux ans. Et pourquoi ne pas organiser des festivals comme à Salzbourg et à Bayreuth?

En 1979, l'Orchestre symphonique de Montréal, qui avait perdu ses concerts d'été au Centre Maurice Richard, accepta l'invitation de se produire à Joliette. Le premier festival eut lieu en 1980. Par la suite, il accueillit, entre autres bons artistes, Angèle Dubeau, à seize ans et André Laplante. Son nom officiel est devenu: «le Festival international de Lanaudière». On en était venu là progressivement, avec des débuts modestes et en augmentant les budgets selon ses moyens. Le Père dit qu'il a eu la chance d'avoir de bons amis qui ont cru en lui et à ses activités et lui sont restés fidèles. Il avait développé une connaissance de la musique et des artistes, mais avait eu plusieurs collaborateurs dont des personnes qui avaient le sens de l'administration et pouvaient aller chercher de l'aide. L'un de ses plus beaux souvenirs fut la rencontre avec Cecilia Bartoli venue chanter, accompagnée par l'Orchestre synphonique de Montréal. Les festivals attirent surtout des personnes dans la cinquantaine, mais malheureusement pas beaucoup de jeunes.

Le Père considère comme une forme d'apostolat le fait de répandre de la beauté et, dans la vie de tous les jours, la bonté, en rapport avec l'Évangile.