Champlain
Mgr de Laval
Frontenac
Jean Talon
Maisonneuve
Vaudreuil
Jeanne Mance
Mgr Lartigue
Montcalm

 

LA FONDATION DU PATRIMOINE LAURENTIEN

 

Témoignages

«Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu» (Jn 3,21)

 

Pères Dominicains
Rel. Hosp. de Saint-Joseph
Religieuses de Jésus-Marie
     
Soeurs Grises de Montréal
Frères Maristes
Religieuses Ursulines
     
Pères Jésuites
Soeurs de Sainte-Croix
Frères de l'Instr. Chrétienne
     
Congrégation de Notre-Dame
Clercs de Saint-Viateur
Pères Franciscains
 
Messieurs de Saint-Sulpice
Pères Assomptionnistes
Pères Rédemptoristes
     
Soeurs de Miséricorde
Soeurs de Sainte-Anne
Pères Spiritains
     
Petites S. de l'Assomption
Soeurs du Bon Conseil
Hosp. de St-Jean-de-Dieu
     
Frères de Saint-Gabriel
Pères Eudistes
Srs de Saint-Joseph de S.V.
     
Srs des Saints Noms de Jésus et de Marie
Religieux de Saint-Vincent
Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur
     
Congrégation de Sainte-Croix
Fr. des Écoles chrétiennes
Soeurs de la Providence

 


Pères Dominicains


Ordre des Frères Prêcheurs
Fondateur
Témoignages religieux

 

Fondation française en 1216,
dans le Midi de la France

 

Arrivée au Québec,
à Saint-Hyacinthe, dans les années 1870

 

Pères

Georges-Henri Lévesque

Benoït Lacroix

 

Prédication
Saint Dominique de Guzman, 1170-1221
Enseignement

 

Historique de la communauté

Les Dominicains ont été fondés en 1216, dans le Midi de la France, par saint Dominique de Guzman. Il n'a pas laissé d'écrits personnels mais une inspiration fondatrice qui est à l'origine des structures et du style de vie des frères et des soeurs.
C'est le Christ qui est au centre de sa vocation et de celle qu'il lègue àson Ordre. Du mystère de cet amour pour le monde est né un Ordre dont le génie de Dominique, son don de l'organisation, son écoute des signes des temps et son sens de l'Église, ont su faire un organisme souple et vivant.

Depuis leur fondation, les Dominicains (frères, prêtres, moniales, sœurs et laïques) proclament l'Évangile de Jésus Christ partout dans le monde. Cette mission se réalise par la vie communautaire, la prière, l'étude, la prédication, l'enseignement, le ministère paroissial et universitaire, l'engagement pour la justice et la paix, l'édition, les mass médias et les arts.
À l'aube du troisième millénaire, l'urgence de la mission est toujours actuelle. Plus que jamais nos contemporains ont besoin d'entendre le message libérateur de Jésus Christ. C'est pourquoi les Dominicains ont toujours besoin d'hommes et de femmes passionnés pour l'Évangile, car sans cesse le Christ appelle de nouveaux disciples à la manière de saint Dominique.

Dans les années 1870, ces années où les Canadiens français avaient déjà un rapport privilégié avec la France, particulièrement dans les domaines culturels et religieux, et alors que Lacordaire était très populaire, les Dominicains furent invités à prendre racine au Canada avec leur charisme propre.

Invitation à laquelle ils ne pouvaient oppposer un refus, car elle correspondait à un désir de leur part. Ils s'installèrent donc tout d'abord à Saint-Hyacinthe pour essaimer par la suite à Ottawa, à Québec, à Montréal, à Trois-Rivières et ailleurs ici et aux États-Unis. Ils fondèrent des institutions àces mêmes endroits, dont le Collège dominicain à Ottawa, l'Institut de Pastorale et le Centre étudiant «Benoît-Lacroix» à Montréal, pour ne nommer que les plus connus, ainsi que les revues «Présence» et «du Rosaire».

www.dominicains.ca

Résumé de l'entrevue du Père Georges-Henri Lévesque, en mars 1998

Au moment de cette entrevue, en 1998, le Père Georges-Henri Lévesque a 95 ans. Il est prêtre depuis 70 ans et Dominicain depuis 75 ans. C'est le 60e anniversaire de la création de la Faculté des Sciences sociales à l'Université Laval et le 35e anniversaire de la fondation de l'Université nationale du Rwanda. C'est donc une année bien choisie pour faire mémoire de sa vie dans une entrevue, le père n'ayant jamais accepté d'écrire ses mémoires.

Le "p'tit gars du Lac Saint-Jean", quatrième de quinze enfants, dit avoir été très conditionné par son milieu familial. Sa naissance eut lieu dans une gare, logement aménagé pour un père "chef de gare", d'où son goût pour les voyages. L'idéal de ses parents était de fournir la meilleure éducation possible aux garçons en les envoyant au séminaire de Chicoutimi et aux filles, chez les Ursulines de Roberval.

Une retraite de début d'année par un adulte s'adressant à de petits bonshommes de six ans l'avait bien impressionné: il serait plus tard "un père qui prêche" dans une communauté dont le nom se terminerait par "in"; équation établie, par la suite, à la lecture d'un livre d'histoire: "Dominicains appelés frères prêcheurs".

Il fit son noviciat à Saint-Hyacinthe où le port d'une chemise de laine sur une peau sensible faillit faire tourner court à sa vocation, mais la diplomatie du Père Maître trouva la juste solution. La communautéle choisit, par la suite, pour faire des études en sciences sociales à Lille auprès du Père Houtan qui lui donna une formation pratique et qui, à son dire, l'influença toute sa vie. C'était au moment de la montée du nazisme en 1933 et le Père eut la curiosité d'assister à une conférence donnée par Hitler à 200,0000 personnes qui l'impressionna et au sujet de laquelle il avait écrit à sa mère: "Vous avez besoin de vous préparer. Quelque chose de vilain se prépare."

De retour au Québec en 1936, il devint professeur de philosophie et de sociologie au collège des Dominicains. Puis, il vit la nécessité de fonder une École de Sciences sociales, école qui fut dès 1938 affiliée à la faculté de philosophie et non à celle du droit, "par peur de juridiser les sciences sociales". Les étudiants y recevaient une formation générale, la première année et une formation spécialisée, la deuxième. Ensuite, ils pouvaient poursuivre ces études dans d'autres universités comme le firent J.C. Falardeau, à Chicago et Maurice Lamontagne, à Harvard. L'existence de mouvements coopératifs en Belgique et au Nord de la France, incita le Père à fonder également le Conseil supérieur de la Coopération, un an après la fondation de la facultéà l'université. Parmi les critiques, on soulignait une trop grande liberté, s'appuyant sur le dicton que "toute autorité vient de Dieu", mais le Père répondait que la liberté aussi vient de Dieu et même elle vient avant l'autorité.

Il existait à Montmorency un hôtel de luxe fréquenté par les Américains en été, le Kent House. Le Père conçut l'idée, appuyé par Eugène Bussières, que ce serait un bon endroit pour y loger un Institut d'éducation des adultes. Il convainquit sa communautéde l'acheter. On y recevait les anciens élèves de la Faculté. Le premier ministre Maurice Duplessis n'aimait pas l'atmosphère de Montmorency, y trouvant un courant de pensée trop libéral. Il en augmenta donc les taxes, mais André Laurendeau et Gérard Filion, au Devoir, prirent la défense de la Maison Montmorency en organisant une campagne de souscription pour l'aider.

En 1969, à la demande du général des Dominicains, le Père Lévesque procède à une enquête sociale au Rwanda. Après une consultation auprès des évêques catholiques et protestants qui la demandaient "presque à genoux", il fut décidé d'y fonder une université: "l'université d'un pays c'est son cerveau". Le Père obtint la collaboration d'anciens élèves et, à Ottawa, de Paul Martin (père) et du premier ministre Pearson, pour ce faire.

Quelle est sa prière? Elle n'est pas de mots "faits d'avance", mais une prière personnelle basée sur le petit catéchisme: "une élévation de notre esprit et de notre coeur vers Dieu, pour l'adorer, le remercier de ses bienfaits et implorer son pardon." En ce qui concerne la vie communautaire, il a dû la sacrifier, mais elle ne lui a pas trop manqué, car il y retournait souvent et se sentait appuyépar les Dominicains dans toutes ses entreprises. Et son message n'est autre que: foi, espérance et charité, surtout la charité, car elle va rester, alors que les autres disparaîtront après notre mort.


Résuméde l'entrevue du Père Benoît Lacroix, en mars 1998

Le Père Benoît Lacroix est un enfant de Saint-Michel de Bellechasse, né en 1915, dans un milieu paysan qui l'a marqué: "une institution paroissiale avec ses rites, son curé, son village et son cimetière et une nature féerique: le fleuve, l'Île d'Orléans, au loin les Appalaches, une nature qui parle, un lieu de vie quotidien." Les personnes qui l'ont influencé sont sa mère, rigide, fidèle à la loi ecclésiastique et son père, plutôt fantaisiste. Il tient plus de sa mère au début, mais peu à peu, l'univers de son père, son goût de la libertéprennent le dessus. Donc, en lui, une fidélité qui ne peut se passer de liberté.

Il n'a pas choisi d'être prêtre, ce sont les circonstances qui l'y ont mené. Dans une visite à Oka avec son père où il rencontre le frère Léopold, tout de blanc vêtu, et de même, par la suite, avec le Père Bissonnette, au collège, il est impressionné par le blanc. Ce qui l'a conduit, à vingt ans, au noviciat de Saint-Hyacinthe, chez les Dominicains, c'est cette institution solide mais assez libérale qui lui permette de rêver d'espace: l'Afrique, le Japon, etc. Alors qu'il est lui-même léger, superficiel et vagabond, paradoxalement, l'amour des études chez les Dominicains l'a conduit dans cet ordre. Après la famille naturelle, puis la famille éloignée du collège classique avec ses six cents pensionnaires, vint celle des Dominicains et celle du milieu universitaire avec les laïcs, garçons et filles.

Il est donc ordonné prêtre en 1942 et va compléter ses études àToronto, engagé déjà dans le Moyen Âge, à la facultéde psychologie et de philosophie. En 1945, il est le premier graduéen Études médiévales, à Toronto où il a rencontré Étienne Gilson et Jacques Maritain, après le Père Régis à Montréal et Henri-Irénée Marrou à Paris: Gilson, l'intellectuel, Maritain, le mystique et Marrou, l'affectif. Ce qui pouvait le satisfaire intellectuellement dans le Moyen Âge était alimenté par Thomas d'Aquin. Marqué par la France où il enseigna trois ans à l'université de Caen il en retrouvait une survivance médiévale au Québec, mais avec des différences inévitables.

Puis, ce fut le Japon et l'Université impériale de Tokyo où il enseigna la philosophie. Ce qu'il retient de ce séjour, ce sont les temples bouddhistes qu'on reconstruit toujours à l'identique, en bois, un fatalisme devant l'existence, des gens polis, cultivés, raffinés et très orientaux, de même que les liens d'amitié qu'il y créa ainsi qu'une leçon d'humilité, car nous n'avons pas tout ici, et une ouverture vers l'Ouest.

Changeant de continent, le Père se retrouve au Rwanda où il fut invité par le Père Georges-Henri Lévesque à enseigner à l'Universiténationale l'épopée du Moyen Âge, la "Chanson de Roland", etc. Les étudiants semblaient s'y reconnaître: "On a tout ça." Ce qui le frappe chez eux est le phénomène de la mémoire, cette capacité de redire mot à mot une ou deux heures de cours; des gens subtils, intelligents mais indolents. Il ne peut comprendre ce qui s'y est passé.

De retour au Québec, enseignant à l'Université de Montréal, le seul spécialiste de la science médiévale, il y donnait deux types de cours: 1- le cours général, l'introduction à la littérature latine à 150 étudiants, le vendredi et 2- le cours spécialisé sur la technique de lecture de textes latins à cinq ou six étudiants, entre autres Normand Charette et Jean-Louis Roy directeur du Devoir.

Ses études médiévales ont-elles eu une influence sur sa vie? Oui, particulièrement en ce qui concerne la Règle de saint Benoît, avec ses textes forts, et l'autorité
du Père Abbé. Il comparaît cette règle avec la constitution américaine où le président est comme l'Abbé chez les Bénédictins; chez les Dominicains, les textes sont plus flous et les mandats, plus courts. Mais, pourquoi être entré plutôt chez les Dominicains? À cause de son manque d'endurance et de discipline; de plus, en tant que moine, il n'aurait pas fait de pastorale et cela lui aurait manqué.

De toutes ces expériences, il retient les diverses présences dans les milieux variés, cette diversité qui est une richesse pour l'ensemble. Le Père Benoît est àl'aise avec tous et continue de recevoir ses anciens étudiants avec leurs jeunes pour des mariages, des baptêmes etc. Cela donne l'idée que, bien que prêtre, il peut entrer en relations avec tous. Il voit chez les artistes les moines de la société qui risquent des situations difficiles pour aller jusqu'au bout de leur idéal. De même, dans le mileu des affaires, voit-il des gens qu'il peut aider, de façon fraternelle, à retrouver la spiritualité. Il se dit accompagnateur.

Son type de présence spirituelle est celui du Dieu-Amour, avec une ouverture du coeur et une ouverture de l'esprit. Étant donnés son bagage intellectuel et son âge, il se sent en sécuritéavec tous. Il est souvent intervenu dans les médias, dans des échanges, des dialogues, mais après une expérience de trois semaines à Radio-Canada, il ne se considère pas apte à l'animation. Il croit cependant à la présence des médias, comme porte-parole de la pensée chrétienne. Il voit l'importance de Radio-Ville-Marie et de Radio-Galilée pour informer et communiquer des connaissances. Pourquoi écrit-il? Par imitation des maîtres, pour une thérapeutique quand il est fatigué ou nerveux et parce que des gens le lisent. Ses types d'écriture varient du léger au plus sérieux.

Dans sa vie personnelle, il considère le temps de prière essentiel. Il ne peut se concevoir sans cela pour des raisons culturelles et pour le besoin d'exploser intérieurement. Et la pensée de la mort? "Dieu a choisi la date de ma naissance et celle de ma mort et aussi ce qui se passe entre les deux. " Marqué par le témoignage de Thérèse de l'Enfant-Jésus, son image de Dieu est celle du Tout-miséricordieux. Il peut résumer l'histoire de sa vie en trois mots: amour, confiance, miséricorde; recevoir et donner, au sens culturel, religieux et institutionnel.